Pas à pas · La colonie
Récupérer un essaim et l'installer dans une ruchette
Cueillir un essaim posé sans se mettre en danger, le loger, le traiter contre le varroa tant qu'il est sans couvain, et savoir quand passer la main.
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Un essaim posé sur une branche basse, au printemps, se recueille en quelques minutes avec une ruchette et un geste sec. Tout le reste se joue avant et après : savoir si l’essaim est accessible sans danger, puis aider la jeune colonie à bâtir, la débarrasser de ses varroas pendant la courte fenêtre où c’est possible, et la tenir à l’écart le temps de vérifier sa santé. Ce guide fait suite à celui sur l’essaim d’abeilles, qui explique ce qu’est un essaim et qui appeler.
Avant de partir : l’essaim est-il pour vous ?
La National Bee Unit, le service d’inspection apicole britannique, ouvre ses conseils sur la cueillette par une règle simple : ne pas tenter de prendre un essaim difficile à atteindre ou dont la cueillette serait dangereuse. Elle juge très difficile de prendre un essaim dans un espace fermé, comme l’intérieur d’un mur, et renvoie alors à des professionnels.
Deux questions se posent aussi sur le plan du droit. Le terrain d’abord : la National Bee Unit demande l’accord du propriétaire avant d’intervenir, et avant de couper le moindre branchage. L’essaim ensuite : l’article L. 211-9 du code rural, tel que le citent le support de formation de l’ITSAP-Institut de l’abeille et le livret de la DRAAF Bretagne, dispose que « Le propriétaire d’un essaim a le droit de le réclamer et de s’en ressaisir, tant qu’il n’a pas cessé de le suivre ; autrement l’essaim appartient au propriétaire du terrain sur lequel il s’est fixé. » Si un voisin apiculteur a vu partir ses abeilles et les suit, l’essaim est à lui.
Un signe doit aussi presser le pas : quand des abeilles dansent à la surface de la grappe, la National Bee Unit estime que le départ est proche.
Quel matériel prévoir ?
| Matériel | À quoi il sert |
|---|---|
| Ruchette ou ruche garnie de cadres bâtis ou de cire gaufrée | Recevoir directement l’essaim ; l’ITSAP accepte un mélange des deux |
| Grand drap clair | Posé au sol sous la grappe, il recueille les abeilles qui manquent la ruchette |
| Pulvérisateur d’eau | Une brume légère calme les abeilles avant de secouer, selon l’ITSAP |
| Brosse à poils souples, sécateur | Faire tomber les abeilles d’un support plat, dégager une branche avec l’accord du propriétaire |
| Enfumoir | Au cas où, mais à utiliser peu pour ne pas désorienter les abeilles (ITSAP) |
| Combinaison, voile et gants | Un essaim est en général peu défensif, pas inoffensif |
La National Bee Unit cite aussi un carton solide ou un panier de paille, à condition de prévoir un drap pour l’envelopper et de transvaser ensuite les abeilles dans une ruche. La ruchette à cadres a sa préférence, comme celle de la plupart des apiculteurs, parce qu’elle évite ce second transvasement.
Comment mettre l’essaim en ruchette ?
Le support de formation de l’ITSAP résume l’opération : secouer la majorité des abeilles dans la ruchette ; si la reine s’y trouve, le reste de la colonie suit en quelques minutes. La National Bee Unit détaille les gestes :
- Étalez le drap sous la grappe et retirez deux ou trois cadres au centre de la ruchette pour ménager un creux.
- Tenez la ruchette juste sous l’essaim, ou calez-la à cet endroit si possible.
- Donnez un coup sec vers le bas sur la branche. Si la branche doit être coupée, faites-la tomber dans la ruchette.
- Posez la ruchette au sol, replacez doucement les cadres, refermez et laissez les abeilles se calmer.
Regardez ensuite l’entrée. Des abeilles qui s’y rassemblent, abdomen levé, en battant des ailes, diffusent l’odeur de leur glande de Nasanov pour guider les autres : la National Bee Unit y voit le signe que la reine est dedans. Si au contraire les abeilles ressortent et se reforment sur la branche, la reine est restée dehors et il faut recommencer.
Attendez le soir pour déplacer la ruchette : les dernières butineuses seront rentrées, et la National Bee Unit rappelle qu’un essaim enfermé produit beaucoup de chaleur pendant le transport, d’où l’intérêt des heures fraîches.
Les premiers jours
Éviter la fuite. Un essaim logé sur de la cire gaufrée peut repartir. La National Bee Unit conseille de placer une grille à reine sous le corps pendant un ou deux jours, le temps que la colonie s’installe, puis de la retirer dès que la reine pond, et au plus tard après 72 heures si l’essaim est mené par une jeune reine qui doit encore sortir se faire féconder. Ce n’est pas nécessaire sur des cadres déjà bâtis, que les abeilles acceptent volontiers.
Le nourrir si les fleurs manquent. Bâtir des rayons coûte cher en sucre : le livret de la DRAAF Bretagne estime à 6,25 kg de miel le coût de construction d’un kilo de cire bâtie. La National Bee Unit conseille de vérifier au bout de 24 à 48 heures que les abeilles étirent la cire, et sinon de leur donner un sirop léger. Le guide sur le nourrissement des abeilles donne les concentrations.
Le traiter contre le varroa tant qu’il n’a pas de couvain. Un essaim emmène ses varroas avec lui, accrochés aux abeilles. Le GDS de Provence-Alpes-Côte d’Azur, dans une fiche reprise de celle du GDSA du Vaucluse, juge l’essaim récolté particulièrement adapté à un traitement à l’acide oxalique : tant qu’aucune alvéole n’est operculée, les varroas restent accrochés aux abeilles, là où le médicament les atteint. Il fixe la fenêtre à trois jours, parce que la reine se remet à pondre très vite, et rappelle que les varroas peuvent se mettre à l’abri dans la nourriture des larves quelques jours après la ponte. Il cite Api-Bioxal et Oxybee, deux médicaments autorisés en France. La notice de l’Api-Bioxal réserve son emploi aux colonies sans couvain ou presque, et le limite à deux traitements par an : comptez celui de l’essaim. Suivez la notice et les protections qu’elle impose ; le guide sur le traitement du varroa liste les médicaments et leurs précautions.
Combien de temps à l’écart ?
Toutes les sources conseillent d’isoler un essaim d’origine inconnue, mais pas pour la même durée.
| Source | Durée d’isolement conseillée |
|---|---|
| ITSAP, module réglementaire (2017) | Quelques jours dans un rucher d’observation |
| ITSAP, module de conduite du rucher (2017) | Quelques semaines, à l’écart du cheptel |
| DRAAF Bretagne, livret pour débutants | Un mois ou plus à 3 km de toute colonie ; ailleurs, trois semaines, soit un cycle de couvain |
| National Bee Unit | Deux cycles de couvain complets, au moins six semaines, parfois bien plus |
L’écart tient à l’objectif. Quelques jours suffisent à repérer une colonie mal en point ; voir apparaître une maladie du couvain suppose d’attendre que du couvain soit élevé puis examiné. Si vous n’avez qu’un jardin, demandez à votre rucher école ou à votre GDS s’il existe un rucher de quarantaine dans le secteur.
Déclarer la nouvelle colonie
Un essaim recueilli devient une colonie comme une autre. Si c’est votre première, la déclaration se fait tout de suite en ligne pour obtenir votre numéro d’apiculteur, puis de nouveau pendant la période obligatoire, du 1er septembre au 31 décembre ; si vous êtes déjà déclaré, le nombre à indiquer est celui que vous détenez le jour de votre déclaration annuelle. Le guide sur la déclaration de ruche détaille la démarche. Notez aussi l’arrivée de l’essaim, sa provenance et son traitement au registre d’élevage, que tout apiculteur doit tenir.
Quand laisser faire un professionnel ?
Un essaim posé à l’air libre n’a ni rayons ni couvain. Une colonie installée depuis plusieurs jours dans une cavité, entre deux murs, sous une toiture, dans un conduit de cheminée ou un volet roulant, a déjà bâti ses rayons et élève du couvain. La récupérer suppose d’ouvrir le bâti, de découper les rayons et de transférer couvain et abeilles : c’est le travail d’un apiculteur expérimenté, souvent associé à un artisan.
Passez aussi la main quand l’essaim est trop haut pour être cueilli les pieds au sol, au-dessus d’une voie de circulation ou près d’une ligne électrique. Dans tous les cas, aucun insecticide : il tue la colonie sans rien régler. Pour trouver un apiculteur, le guide sur l’essaim donne les relais habituels : syndicat apicole, GDS, mairie ou rucher école.
Sources
Consultées le 1er octobre 2026.
- National Bee Unit (Fera), « Taking and Hiving a Swarm », guide de bonnes pratiques publié dans BBKA News, mai 2012.
- ITSAP-Institut de l’abeille, Mallette pédagogique à destination des ruchers-école, module 1 « Cadre réglementaire », module 3 « Matériel apicole » et module 7 théorique « Conduite du rucher », octobre 2017 (article L. 211-9 du code rural cité dans le module 1).
- DRAAF Bretagne, Mieux savoir. Livret destiné à ceux qui acquièrent leur première colonie, version 2024.
- GDS PACA, section apicole régionale, « Lutte contre Varroa : le traitement des essaims », 1er juin 2021, d’après la fiche technique du GDSA 84.
- Anses-ANMV, résumé des caractéristiques du produit Api-Bioxal, index des RCP (ircp.anmv.anses.fr).
- INRS, « Chutes de hauteur : équipements d’accès en hauteur » (échelles, escabeaux et marchepieds), et code du travail, article R. 4323-63.
- MSA, « Piqûres d’hyménoptères (abeilles, guêpes, frelons…) », brochure Santé pratique, janvier 2025.
- Ministère de l’Agriculture, « Foire aux questions : déclaration de détention et d’emplacement de ruches », juin 2026.
Vos questions
Comment faire entrer un essaim dans une ruche ?
On secoue d'un coup sec la grappe au-dessus d'une ruchette garnie de cadres. Si la reine est tombée dedans, les abeilles restées dehors la rejoignent en quelques minutes, ce que décrit le support de formation de l'ITSAP.
Que faire après avoir récupéré un essaim ?
Le placer à l'écart des autres colonies, vérifier après un ou deux jours qu'il bâtit, le nourrir si les fleurs manquent, et le traiter contre le varroa dans les trois jours, tant qu'il n'a pas de couvain operculé, selon le GDS de PACA.
Peut-on récupérer un essaim dans un mur ?
C'est une autre opération. Une colonie installée dans un mur, une cheminée ou une toiture a bâti des rayons qu'il faut atteindre en ouvrant le bâti : c'est le travail d'un apiculteur expérimenté, souvent avec un artisan.
Faut-il déclarer un essaim récupéré ?
Oui, comme toute colonie. Un nouvel apiculteur déclare dès l'installation pour obtenir son numéro, puis de nouveau entre le 1er septembre et le 31 décembre. Un apiculteur déjà déclaré l'inclut dans sa déclaration annuelle.


