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Entretenir · Santé des abeilles

Traitement du varroa : mesurer, traiter avec un médicament autorisé

Le cycle du varroa, les méthodes de comptage, les médicaments vétérinaires autorisés en France et le bon moment pour traiter, notices à l'appui.

· 8 min de lecture

Des abeilles couvrant un cadre de cire tenu par un apiculteur
NatureEntretenir
Saisonjuillet, août, septembre, décembre
RubriqueSanté des abeilles
Sources relues le

Varroa destructor est un acarien parasite de l’abeille domestique, observé pour la première fois en France en 1982 d’après GDS France. Il est aujourd’hui présent dans la quasi-totalité des ruchers, et une colonie qui n’est jamais traitée finit le plus souvent par s’effondrer. Bien traiter, c’est compter les varroas pour savoir où l’on en est, puis employer un médicament vétérinaire autorisé au bon moment, en suivant sa notice.

Comment vit le varroa ?

Son cycle comporte deux phases, décrites par la fiche technique de GDS France sur la biologie du parasite. Dans la phase dite phorétique, la femelle se fait transporter par une abeille adulte, de préférence une jeune nourrice. Dans la phase de reproduction, elle se glisse dans une alvéole juste avant que les abeilles la referment d’un opercule de cire, et pond sur la larve. Elle y reste environ 12 jours dans le couvain d’ouvrière et 15 jours dans celui de mâle.

Ce détail explique beaucoup. Les alvéoles de mâles (faux-bourdons) attirent davantage le varroa et y produisent plus de descendance : 2 à 3 femelles fécondées par cycle, contre 0,8 à 1,5 dans le couvain d’ouvrière. Et tant que le varroa est sous l’opercule, la plupart des traitements ne l’atteignent pas.

GDS France décrit une croissance exponentielle en climat tempéré : partant de 50 varroas à la sortie d’hiver, une colonie peut en compter 2 000 avant la fin août, au moment où sa population d’abeilles décline. Les abeilles d’hiver naissent alors d’un couvain très parasité, et ce sont elles qui doivent tenir jusqu’au printemps.

Le varroa affaiblit les abeilles et leur transmet des virus, en particulier celui des ailes déformées. L’enquête nationale de mortalité hivernale de la Plateforme d’épidémiosurveillance en santé animale, citée par la DRAAF Bretagne en janvier 2026, donne un taux de mortalité moyen de 21,9 % des colonies en France, toutes causes confondues : le varroa n’est qu’une de ces causes.

Comment mesurer l’infestation ?

Compter évite deux erreurs : traiter trop tard, ou croire qu’un traitement a marché alors qu’il a échoué. GDS France et l’ITSAP-Institut de l’abeille décrivent plusieurs méthodes.

Les chutes naturelles. Un lange (une plaque blanche graissée) se glisse sous le plancher grillagé ; on compte les varroas tombés et on divise par le nombre de jours. GDS Bretagne vise moins d’un varroa par jour à l’automne.

Le comptage sur un échantillon d’abeilles. On prélève environ 42 g d’abeilles, soit à peu près 300, sur un cadre de couvain ouvert, après avoir vérifié que la reine n’y est pas. Les varroas se détachent au sucre glace (les abeilles sont relâchées vivantes) ou au lavage à l’eau savonneuse ou à l’alcool à 70 % (les abeilles meurent). On rapporte ensuite le résultat à 100 abeilles.

Méthode (fiches GDS France) Pas de traitement immédiat Traitement à programmer Traitement d’urgence
Sucre glace (2017) moins de 1 à 2 varroas pour 100 abeilles 3 à 5 plus de 5
Lavage au savon (2021) moins de 5 5 à 10 plus de 10

Les seuils diffèrent parce que le lavage détache plus de varroas que le sucre. GDS France prévient que ces valeurs restent indicatives, que la littérature ne s’accorde pas et que d’autres sources jugent qu’un taux de 3 % appelle déjà un traitement d’urgence. Le comptage se lit à l’échelle du rucher : la fiche propose d’échantillonner 8 colonies et d’en faire la moyenne.

Quels médicaments sont autorisés en France ?

L’index des médicaments vétérinaires de l’Anses-ANMV recense, au 1er octobre 2026, les médicaments suivants pour l’abeille contre la varroose. Lisez la notice avant tout achat : elle fixe la dose, la durée, la période et les précautions.

Substance active Médicaments (index ANMV) Délivrance
Amitraze Apivar, Apitraz, Optivar Apivar et Optivar : ordonnance, sauf certaines présentations ; Apitraz : sans ordonnance
Tau-fluvalinate Apistan Sans ordonnance
Fluméthrine Bayvarol Sans ordonnance
Acide oxalique Api-Bioxal, Varroxal, Oxybee, Dany’s BienenWohl, Calistrip Biox Sans ordonnance
Acide formique Formicpro Sans ordonnance
Acides formique et oxalique Varromed Sans ordonnance
Thymol Apiguard, Apiguard Multidose, Thymovar Sans ordonnance
Thymol avec camphre, eucalyptus et lévomenthol Apilife Var Sans ordonnance

Deux exemples montrent pourquoi la notice compte. Celle de l’Apivar recommande un traitement en absence de hausses, après la dernière miellée, et demande de laisser les rubans 10 semaines s’il y a du couvain. Celle de l’Api-Bioxal réserve le médicament aux colonies sans couvain ou presque, car l’acide oxalique ne traverse pas les opercules.

Les médicaments à évaporation dépendent aussi de la météo : la notice du Formicpro interdit la pose si la température de la journée sort de la plage de 10 à 29,5 °C. Un produit absent de cette liste, même vendu en jardinerie ou conseillé sur un forum, n’est pas un médicament autorisé pour l’abeille.

Quand traiter ?

Le traitement principal suit la dernière récolte, hausses retirées. La fiche Bayvarol de GDS France le situe fin juillet à mi-août et recommande de l’avoir posé avant le 15 septembre, pour protéger les abeilles d’hiver qui naissent à ce moment-là.

En hiver, quand la reine cesse de pondre, la colonie n’a plus de couvain : c’est la fenêtre des médicaments à l’acide oxalique, qui atteignent alors les varroas portés par les abeilles. La notice de l’Api-Bioxal mentionne aussi un usage en été après encagement de la reine, une méthode dite biotechnique qui crée une période sans couvain.

Les stratégies varient selon les régions. En Bretagne, après quatre saisons où l’amitraze était le traitement principal conseillé, le GDS a recommandé de s’en passer en 2025 au profit de la fluméthrine et de l’acide formique, par crainte de résistances ; en juin 2026, son bulletin conseillait au contraire l’Apivar au plus tard le 15 août, et de ne pas utiliser de Bayvarol. Les consignes changent d’une année à l’autre, même dans une région. Votre GDS ou votre groupement de défense sanitaire apicole (GDSA) connaît la situation locale ; la rubrique Au fil des saisons replace ces interventions dans l’année.

Traitez toutes les colonies d’un rucher en même temps : la notice de l’Api-Bioxal le demande pour éviter qu’elles se réinfestent entre elles.

La résistance aux traitements

La résistance du varroa au tau-fluvalinate a été mise en évidence en 1995 par des essais publiés dans la revue Apidologie. Pour l’amitraze, une étude publiée en 2024 dans Insects, menée en partie par le fabricant de l’Apivar, décrit des « îlots » de résistance plutôt qu’une perte d’efficacité générale ; l’efficacité au champ y variait de 95,5 % en Occitanie à 90,5 % en Provence-Alpes-Côte d’Azur. La notice de l’Apivar le reconnaît et conseille, là où une résistance est suspectée, de s’appuyer sur un test de sensibilité et l’avis d’un vétérinaire ou d’un technicien sanitaire apicole.

Deux réflexes limitent le risque. Respectez la durée de la notice, puis retirez les lanières : laissées trop longtemps, elles diffusent une dose trop faible qui sélectionne les varroas résistants. Et alternez les familles chimiques d’une année à l’autre, comme le demande la fiche Bayvarol de GDS France pour les pyréthrinoïdes. GDS Bretagne conseille aussi de privilégier les acides formique et oxalique, qui ne s’accumulent pas dans la cire.

Le registre des traitements

Tout apiculteur, même de loisir, doit tenir un registre d’élevage (article L. 234-1 du code rural, arrêté du 5 juin 2000) et le conserver cinq ans. Pour chaque traitement, notez la date, le médicament, les ruches traitées et la quantité, et gardez l’ordonnance s’il y en a une. Les lanières usagées se rapportent à votre structure sanitaire, qui organise leur élimination.

Si vos colonies présentent des signes inhabituels, souvenez-vous que certaines maladies se déclarent obligatoirement à la DDPP : la loque américaine, le petit coléoptère des ruches Aethina tumida et les acariens Tropilaelaps. La rubrique Santé des abeilles les présente.

Sources

Consultées le 1er octobre 2026.

  • Anses-ANMV, index des RCP des médicaments vétérinaires (ircp.anmv.anses.fr), espèce cible « abeille », et RCP d’Apivar (mis à jour le 3 février 2025), d’Api-Bioxal et de Formicpro.
  • GDS France, fiches techniques apicoles : « Biologie de Varroa destructor » (juin 2019) ; « Dynamique de la population de Varroa destructor » ; « Comptage au sucre glace » (décembre 2017) ; « Lavage au savon » (février 2021) ; « Bayvarol » (février 2021).
  • DRAAF Bretagne, bulletin sanitaire apicole de janvier 2026 (réseau Sentinelles Varroa de GDS Bretagne, chiffres ENMHA de la Plateforme ESA).
  • DRAAF Bretagne, bulletin régional de la santé de l’abeille n° 10, juin 2026 (consulté le 1er octobre 2026).
  • Ramsey S. D. et al., « Varroa destructor feeds primarily on honey bee fat body tissue and not hemolymph », PNAS, 2019.
  • Marsky U. et al., « Amitraz Resistance in French Varroa Mite Populations : More Complex Than a Single-Nucleotide Polymorphism », Insects, 2024.
  • DDETSPP de l’Yonne, « Les activités apicoles » (registre d’élevage, maladies réglementées).

Vos questions

Quand traiter contre le varroa ?

Le traitement principal se place après la dernière récolte, hausses retirées, en fin d'été. Un traitement d'hiver à l'acide oxalique peut compléter, quand la colonie n'a plus de couvain. Les dates exactes dépendent de votre région : demandez à votre GDS ou à votre vétérinaire.

Existe-t-il un traitement naturel contre le varroa ?

Des médicaments autorisés reposent sur des substances d'origine naturelle (acides oxalique et formique, thymol) et certains sont utilisables en apiculture biologique. Une préparation maison n'est pas un médicament autorisé : elle n'a ni dose validée ni preuve d'efficacité.

Faut-il une ordonnance pour l'Apivar ?

L'index de l'Anses classe l'Apivar comme médicament soumis à ordonnance, sauf pour certaines présentations. La plupart des autres médicaments contre le varroa sont délivrés sans ordonnance.

Le varroa peut-il résister aux traitements ?

Oui. La résistance au tau-fluvalinate est documentée depuis les années 1990, et des foyers de résistance à l'amitraze sont signalés en France. Alterner les substances et vérifier l'efficacité par un comptage après traitement limite le risque.