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Pas à pas · Au fil des saisons

Nourrir ses abeilles : sirop léger, sirop lourd, candi et pièges

Quand nourrir, à quelle concentration préparer le sirop, quelles quantités selon l'ITSAP, et ce qu'il ne faut jamais mettre dans un nourrisseur.

· 7 min de lecture

Un cadre de couvain operculé couvert d'abeilles, bordé de miel dans sa partie haute
NaturePas à pas
Saisonmars, avril, août, septembre, octobre
RubriqueAu fil des saisons

Le nourrissement consiste à donner aux abeilles du sucre ou une autre nourriture quand les fleurs ne suffisent pas. Il ne remplace jamais un bon emplacement, mais un nourrissement oublié à l’automne peut coûter une colonie pendant l’hiver. Ce guide suit les recommandations de l’ITSAP-Institut de l’abeille et des services de l’État, et montre où elles divergent.

Quand faut-il nourrir ?

Les instituts distinguent deux nourrissements de saison, aux objectifs opposés, auxquels s’ajoute l’urgence de la famine.

Au printemps, le nourrissement de stimulation. Il sert à pousser la ponte de la reine avant la première miellée, la période où les fleurs donnent du nectar en abondance. Le support de formation de l’ITSAP précise qu’il se fait de manière modérée et en l’absence de hausses, les caisses où les abeilles stockent le miel que l’apiculteur récolte. Le même institut rappelle ailleurs que la colonie ne doit pas être nourrie pendant la miellée, pour que le sirop ne se retrouve pas dans le miel.

À la fin de l’été et au début de l’automne, la constitution des réserves. C’est le nourrissement le plus important pour la survie de la colonie. Le livret de la DRAAF Bretagne indique qu’en plaine les compléments doivent être apportés en septembre : trop tard, il fait trop froid pour que les abeilles transforment et stockent le sirop ; trop tôt, elles risquent de l’utiliser pour élever du couvain plutôt que de le garder.

Face à la famine, à tout moment. Le même livret cite les situations à risque : pluie ou sécheresse qui se prolongent, grands froids, absence de fleurs dans la zone de butinage (on parle de trou de miellée), ou récolte trop gourmande qui n’a pas laissé assez à la colonie. En hiver, la réponse est le candi, une pâte de sucre solide, plutôt que le sirop.

Le thème Au fil des saisons replace ces interventions dans l’année du rucher.

Sirop léger, sirop lourd : quelles proportions ?

Les sources ne précisent pas toujours comment elles calculent leurs pourcentages ; on entend en général la part de sucre dans le mélange, en poids. Sur cette base, un kilo de sucre dissous dans un litre d’eau donne un sirop à 50 %, et deux kilos de sucre pour un litre d’eau environ 67 %.

Source Printemps (stimulation) Automne (réserves) Préparation
ITSAP, synthèse sur les nourrissements sucrés (2024) Sirop de saccharose léger à 50 % Sirop concentré à 60 à 70 % Ne pas chauffer le sirop à plus de 25 °C pendant sa confection
ITSAP, mallette pédagogique des ruchers-écoles (2017) Sirop 50-50 2/3 de sucre pour 1/3 d’eau Sucre dilué dans de l’eau tiède
Perennia, guide d’automne pour le Canada atlantique (2016) Non traité Sirop 2:1, deux parts de sucre pour une d’eau Eau chaude, mais jamais bouillante

Les concentrations se rejoignent. L’écart porte sur l’eau chaude : l’ITSAP déconseille désormais de chauffer au-delà de 25 °C, parce que la chaleur favorise la formation d’hydroxyméthylfurfural (HMF), une molécule toxique pour l’abeille ; le guide canadien, plus ancien, se contente d’interdire l’ébullition. Dans le doute, la consigne de 2024 est à la fois la plus récente et la plus prudente. Elle fixe un plafond de 40 mg d’HMF par kilo de sirop et cite d’autres facteurs qui en font monter le taux : le fructose, le sucre roux et l’acidification du sirop.

Un sirop léger se garde mal. L’ITSAP de 2017 parle d’une conservation de quelques jours, d’autant plus courte qu’il est exposé à la lumière ou à la chaleur : préparez seulement ce que vous allez donner. Un sirop concentré stocké dans un contenant hermétique peut, selon l’ITSAP de 2024, se conserver six à douze mois entre 10 et 15 °C.

Quelles quantités ?

Un autre repère se prend à la balance : selon le module 3 de la même mallette pédagogique de l’ITSAP (2017), une ruche Dadant doit peser 35 à 40 kg en fin de saison pour hiverner sans nourrissement. En dessous, il faut compléter.

La synthèse de l’ITSAP de 2024 donne des repères de rythme :

Période Quantité Fréquence
Printemps 1 à 2 litres de sirop léger Tous les 2 à 3 jours
Automne 3 à 10 litres de sirop lourd Chaque semaine, jusqu’à ce que les réserves suffisent
Hiver (novembre à février) Candi Sur le dessus des cadres, près de la grappe

Le vrai repère, c’est le poids de réserves à atteindre avant l’hiver, et il varie avec le climat, la force de la colonie et la race d’abeille.

Source Réserves visées pour l’hiver
ITSAP, mallette pédagogique (2017) 10 à 20 kg consommés pendant l’hiver selon les régions
DRAAF Bretagne, livret pour débutants 15 à 25 kg, soit au moins l’équivalent de 5 cadres de corps Dadant pleins
DRAAF Bretagne, bulletin régional d’octobre 2025 15 kg pour une colonie hivernée sur 10 cadres en Bretagne
Perennia, Canada atlantique (2016) 27 à 36 kg par ruche, 23 kg pour un petit essaim

Le chiffre canadien vaut pour des hivers bien plus longs que ceux de la France. Pour estimer ce qui est déjà dans la ruche, le livret de la DRAAF Bretagne indique qu’un cadre de corps Dadant plein des deux côtés contient environ 4 kg de miel. Le bulletin breton complète : si les réserves manquent, on ajoute autant de kilos de sirop lourd qu’il en faut.

Le candi

Le candi est une pâte de sucre solide. L’ITSAP de 2024 le réserve à l’hiver, posé sur le dessus des cadres afin d’être au plus proche de la grappe d’abeilles, parce que le froid empêche les abeilles d’aller chercher une nourriture placée loin d’elles. Le support de 2017 le cite aussi comme complément quand le froid s’installe et que les fleurs se font rares.

Les deux documents de l’ITSAP ne disent pas la même chose sur sa composition maison : celui de 2017 montre en photo un candi artisanal à base de sucre en poudre, de miel, d’eau et de vinaigre, alors que la synthèse de 2024 met en garde contre le miel comme nourrissement et contre l’acidification des sirops. Si vous achetez un candi tout prêt, lisez sa composition pour savoir s’il contient du miel.

Ce qu’il ne faut pas donner

D’après la synthèse de l’ITSAP de 2024, plusieurs sucres raccourcissent la durée de vie des abeilles et peuvent provoquer des dysenteries mortelles dans certains cas : le sucre roux, les mélasses, le lactose (le sucre du lait), le galactose, le xylose, l’arabinose, le raffinose et le stachyose. L’institut ajoute que beaucoup de sirops du commerce contiennent surtout du glucose, du maltose et du fructose, des sucres que les abeilles apprécient peu : lisez l’étiquette.

Le miellat, ce miel produit à partir des excrétions sucrées de pucerons sur les arbres, pose un autre problème. L’ITSAP signale que certains miellats riches en minéraux sont peu digestes et déconseille d’hiverner une colonie uniquement sur du miellat de sapin lors des hivers longs ; le livret de la DRAAF Bretagne cite le mélézitose, un sucre de ces miellats, comme facteur de risque de dysenterie.

Éviter le pillage

Le pillage, c’est l’attaque d’une colonie par les abeilles d’autres ruches venues voler ses réserves. Le nourrissement en est un déclencheur classique. Les consignes convergent :

  • ne rien verser à côté des ruches, utiliser des nourrisseurs étanches et ne laisser traîner au rucher ni cadres de miel ni sirop (ITSAP, Perennia) ;
  • réduire les entrées pour que les gardiennes défendent plus facilement la colonie, et nourrir toutes les ruches du rucher en même temps (DRAAF Bretagne, Perennia).

Une colonie trop faible pour se défendre attire les pillards. Le livret de la DRAAF Bretagne recommande d’équilibrer les colonies et, si nécessaire, de réunir ou d’éliminer celles qui sont trop faibles ou potentiellement malades. Après la récolte, le thème Récolte et produits rappelle combien laisser aux abeilles pour limiter les besoins de nourrissement.

Sources

  • G. Di Pasquale, C. Ferrus, A. Decourtye, « Nourrissements sucrés : quel impact sur la santé des abeilles ? », ITSAP-Institut de l’abeille et ApiNutri Recherche, 24 avril 2024 (consulté le 1er octobre 2026).
  • ITSAP-Institut de l’abeille, Mallette pédagogique à destination des ruchers-école, modules 3 et 7 théoriques et pratiques, et module 6 théorique, octobre 2017 (consultés le 1er octobre 2026).
  • DRAAF Bretagne, Mieux savoir. Livret destiné à ceux qui acquièrent leur première colonie, version 2024 (consulté le 1er octobre 2026).
  • DRAAF Bretagne, Bulletin régional de la santé de l’abeille n° 7, octobre 2025, « Comment préparer au mieux les colonies à l’hivernage ? » (consulté le 1er octobre 2026).
  • Perennia, Guide de gestion des abeilles à l’automne (Canada atlantique), novembre 2016 (consulté le 1er octobre 2026).

Vos questions

Quelle proportion de sucre et d'eau pour un sirop d'abeille ?

Pour stimuler la colonie au printemps, l'ITSAP recommande un sirop léger à 50 % de sucre. Pour constituer les réserves d'automne, un sirop lourd de 60 à 70 %, soit environ deux parts de sucre pour une part d'eau.

Peut-on nourrir les abeilles avec du sucre roux ou du miel ?

Mieux vaut éviter les deux. Le sucre roux et les mélasses figurent parmi les sucres qui raccourcissent la vie des abeilles selon l'ITSAP, et un miel d'origine inconnue peut transmettre des spores de loque ou de Nosema.

Combien de réserves faut-il pour passer l'hiver ?

Les chiffres varient selon le climat : 10 à 20 kg selon un support ITSAP, 15 à 25 kg selon un livret de la DRAAF Bretagne. Un cadre de corps Dadant plein contient environ 4 kg de miel.

Quand donner du candi ?

En hiver, quand il fait trop froid pour que les abeilles prennent un sirop, posé sur le dessus des cadres au plus près de la grappe. L'ITSAP situe cette période de novembre à février.