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Comprendre · Santé des abeilles

Loque américaine et européenne : reconnaître et déclarer, sans traiter

Les signes des deux loques, le test de l'allumette, ce que prévoient les textes en cas de suspicion, et pourquoi aucun traitement maison n'est permis.

· 8 min de lecture

Un cadre de couvain operculé parsemé d'alvéoles vides, parcouru par des abeilles
NatureComprendre
RubriqueSanté des abeilles
Sources relues le

La loque américaine est la maladie bactérienne du couvain la plus redoutée des apiculteurs : ses spores survivent des décennies dans le matériel et passent d’une ruche à l’autre par le pillage ou les échanges de cadres. Elle est réglementée, ce qui change tout pour l’apiculteur de loisir : on ne la soigne pas soi-même, on la signale. La loque européenne lui ressemble à l’œil nu, mais n’a pas le même statut. Ce guide s’appuie sur l’Anses, sur les textes de police sanitaire et sur les consignes du ministère de l’Agriculture.

Deux bactéries du couvain

Le livret de la DRAAF Bretagne pour les nouveaux apiculteurs classe les deux loques parmi les maladies bactériennes qui atteignent la larve et non l’adulte.

Loque américaine Loque européenne
Bactérie Paenibacillus larvae Melissococcus plutonius
Persistance Spores, qui survivent jusqu’à 30 ans et plus selon l’Anses La cire en contact peut contenir la bactérie : le National Bee Unit fait détruire ces cadres
Statut en France Maladie réglementée, déclaration obligatoire Non réglementée

D’après la fiche de l’Anses, seules les jeunes larves s’infectent, en avalant des spores avec leur nourriture. La larve meurt dans sa cellule operculée et se dessèche en une écaille dure qui contient un nombre énorme de spores, très difficile à nettoyer pour les ouvrières. Une colonie atteinte n’élève plus assez de jeunes abeilles, s’affaiblit, puis meurt. Les deux sources chiffrent différemment ce que contient une écaille : 2,5 millions de spores pour l’Anses, jusqu’à 2 500 millions pour le service apicole britannique. Retenez surtout qu’une seule écaille suffit à contaminer.

Reconnaître les signes

Les signes se cherchent cadre par cadre, sur le couvain operculé. Ce tableau croise la fiche de l’Anses, le livret de la DRAAF Bretagne et la brochure du National Bee Unit.

Signe Loque américaine Loque européenne
Couvain Irrégulier, en mosaïque Irrégulier aussi
Opercules Affaissés, foncés, percés de petits trous, d’aspect gras Moins caractéristiques ; la larve meurt souvent avant l’operculation
Larve morte Brune, consistance filante Recroquevillée, jaune puis brune, d’aspect fondu
Test de l’allumette Fil brun et élastique Négatif
Écaille Dure, sombre, très adhérente à la paroi Brune, d’aspect caoutchouteux, qui se retire facilement
Autre Langue de la nymphe qui reste collée à l’écaille, rarement vue ; odeur forte Odeur parfois aigre ou de vinaigre

Un couvain en mosaïque n’est pas un diagnostic : une reine vieillissante, le couvain refroidi ou d’autres maladies en donnent aussi. C’est l’association des signes qui doit alerter.

Le test de l’allumette

L’Anses le décrit comme une façon d’évaluer la viscosité de la larve morte. On enfonce une allumette ou une brindille dans une cellule à l’opercule suspect, on remue doucement, puis on retire lentement. Avec la loque américaine, le National Bee Unit décrit un fil brun qui s’étire sur 10 à 30 mm avant de se rompre ; avec la loque européenne, la masse peut être visqueuse sans former ce fil.

Prenez un bâton jetable que vous ne réutiliserez pas, puis changez de gants et de lève-cadre avant la ruche suivante. Le test oriente, il ne prouve rien : l’arrêté du 23 décembre 2009 ne considère un rucher comme infecté qu’une fois la maladie confirmée par un laboratoire agréé.

Ce que dit le droit

Depuis le 21 avril 2021, date d’application de la loi de santé animale européenne (règlement (UE) 2016/429), les maladies des abeilles sont classées dans les catégories européennes. Le rapport 2025 du laboratoire national de référence de l’Anses indique que la loque américaine relève des catégories D et E : des mesures s’imposent pour empêcher sa propagation lors des mouvements d’animaux, et elle est soumise à surveillance. Les mêmes catégories valent pour le petit coléoptère des ruches Aethina tumida et les acariens Tropilaelaps.

Avant cette date, la loque américaine était un danger sanitaire de première catégorie, au titre de l’arrêté du 29 juillet 2013. On retrouve encore cette mention dans des documents récents, y compris dans un arrêté préfectoral de 2024.

L’obligation pratique ne change pas. La DDETSPP de l’Yonne l’écrit pour les maladies réglementées des abeilles : « En cas de suspicion de ces maladies, l’apiculteur doit le déclarer ». La fiche de l’Anses dit de même que la direction départementale chargée de la protection des populations doit être alertée en cas de suspicion. Le service dépêche alors un agent sanitaire apicole pour inspecter le rucher et faire des prélèvements.

La loque européenne, elle, ne figure pas parmi les maladies des abeilles listées par l’Anses dans ce rapport. Aucun des textes consultés n’impose de la déclarer en France, mais ses signes ressemblent assez à ceux de la loque américaine pour que seul un laboratoire tranche : signalez le doute de la même façon. Le contraste est net avec le Royaume-Uni, où les deux loques sont à déclaration obligatoire.

Ce que fait l’administration

L’arrêté du 23 décembre 2009 fixe les mesures de police sanitaire des maladies réputées contagieuses des abeilles. Il prévoit deux étapes.

Étape Décision Principales mesures
Suspicion Arrêté préfectoral de mise sous surveillance du rucher Recensement et examen des colonies, prélèvements, interdiction de sortir ou d’introduire ruches, reines, matériel et produits, abeilles mortes brûlées, matériel nettoyé et désinfecté, enquête épidémiologique
Confirmation Arrêté préfectoral portant déclaration d’infection Zone de confinement autour du rucher, zone de protection de 3 km, zone de surveillance de 2 km au-delà

Pour la loque américaine, l’annexe de l’arrêté ajoute que le préfet peut ordonner la destruction des colonies faibles ou malades non viables, que les produits de la ruche ne peuvent plus servir au nourrissement, que le matériel est désinfecté ou détruit, et que les colonies viables sont transvasées dans une ruche saine. Le transvasement consiste, selon l’Anses, à ne garder que les abeilles adultes et à détruire tous les rayons, couvain compris.

Un exemple concret : en septembre 2024, après un foyer à Saint-Saturnin-lès-Apt, le préfet de Vaucluse a interdit tout déplacement de ruches, de reines, de matériel et de produits apicoles dans un rayon de 3 km, sauf dérogation de la DDPP, et rendu obligatoire la présence des apiculteurs aux visites du vétérinaire mandaté. L’arrêté rappelle que le non-respect de ces mesures est passible de 3 750 euros d’amende et de six mois d’emprisonnement.

Les destructions ordonnées par l’administration ouvrent droit à indemnisation selon l’arrêté du 30 mars 2001, mais le ministère prévient que cette indemnisation peut être refusée à un apiculteur qui n’a pas déclaré ses ruches : le guide sur la déclaration de ruche explique la démarche.

Pourquoi il ne faut jamais traiter soi-même

En 2005, une note de service du ministère de l’Agriculture recommandait encore des tétracyclines, une famille d’antibiotiques, pour les colonies peu atteintes. La note DGAL/SDSPA/2015-1072 a supprimé toute référence aux antibiotiques, pour plusieurs raisons : ils n’agissent pas sur les spores et ne faisaient que masquer les symptômes sans éliminer l’infection, des résistances de P. larvae ont été mises en évidence, des résidus pouvaient se retrouver dans les produits de la ruche, et aucun antibiotique n’a d’autorisation de mise sur le marché pour l’abeille. Elle ajoute qu’en l’absence de limite maximale de résidus pour le miel, l’utilisation de tout médicament contenant un antibiotique dans le cadre de la cascade, ce mécanisme qui permet au vétérinaire de prescrire un médicament prévu pour une autre espèce, est prohibée.

L’index des médicaments vétérinaires de l’Anses-ANMV le confirme au 1er octobre 2026 : les seuls médicaments autorisés pour l’abeille en France visent le varroa, et le guide sur le traitement du varroa les recense. L’Anses précise qu’il n’existe aucun médicament autorisé contre la loque américaine dans l’Union européenne.

Prévenir

L’Anses insiste sur la prévention : introduire avec précaution abeilles, essaims, reines, cire, miel et matériel, éviter le pillage, inspecter régulièrement le couvain et renouveler les cadres de corps. Le livret de la DRAAF Bretagne ajoute de ne jamais récupérer de matériel ancien qu’on ne pourrait pas désinfecter, et de placer un essaim d’origine inconnue en observation. Ne donnez jamais à vos abeilles un miel acheté ou d’origine inconnue : il peut contenir des spores, comme le rappelle le guide Nourrir ses abeilles. Le miel d’une colonie atteinte reste propre à la consommation humaine selon l’Anses, mais il ne doit jamais revenir aux abeilles.

Sources

Consultées le 1er octobre 2026.

  • Arrêté du 23 décembre 2009 établissant les mesures de police sanitaire applicables aux maladies réputées contagieuses des abeilles, Journal officiel du 29 décembre 2009 (articles 2 à 12 et annexe C).
  • Ministère de l’Agriculture, DGAL, note de service DGAL/SDSPA/2015-1072, suppression des mentions au traitement par des antibiotiques dans la note N2005-8123 du 26 avril 2005.
  • Anses, laboratoire de Sophia Antipolis, rapport d’activité 2025 du laboratoire national de référence « Santé des abeilles ».
  • Anses, laboratoire de référence de l’Union européenne pour la santé des abeilles, fiche « La loque américaine » (non datée, antérieure à 2021).
  • Anses-ANMV, index des médicaments vétérinaires autorisés, espèce « abeille », relevé du 1er octobre 2026.
  • DDETSPP de l’Yonne, « Les activités apicoles : informations à l’attention des apiculteurs », rubrique « L’aspect sanitaire ».
  • Préfecture de Vaucluse, arrêté n° SSPAE 20240919-1 du 19 septembre 2024 portant définition d’une zone réglementée autour d’un foyer de loque américaine à Saint-Saturnin-lès-Apt.
  • DRAAF Bretagne, Mieux savoir. Livret destiné à ceux qui acquièrent leur première colonie, version 2024 (signes d’appel des maladies du couvain, bonnes pratiques).
  • National Bee Unit (APHA, Royaume-Uni), Foulbrood Disease of Honey Bees and other common brood disorders, 2025.

Vos questions

La loque américaine est-elle à déclaration obligatoire ?

Oui. Elle est classée en catégories D et E par la loi de santé animale européenne, et toute suspicion se signale à la direction départementale de la protection des populations (DDPP ou DDETSPP). L'administration fait alors analyser des prélèvements par un laboratoire agréé.

Peut-on soigner la loque avec un antibiotique ?

Non. Aucun antibiotique n'a d'autorisation de mise sur le marché pour l'abeille en France, et le ministère de l'Agriculture rappelle que, faute de limite maximale de résidus pour le miel, leur usage est prohibé. Ils n'agissent pas non plus sur les spores.

Comment faire le test de l'allumette ?

On enfonce une brindille ou une allumette dans une alvéole suspecte, on remue puis on retire lentement. Si les restes de la larve s'étirent en un fil brun et élastique, c'est un signe évocateur de loque américaine, qui doit être confirmé par un laboratoire.

Le miel d'une ruche atteinte de loque est-il dangereux pour l'homme ?

Non, selon l'Anses : les spores ne sont pas dangereuses pour l'homme. Ce miel ne doit en revanche jamais servir à nourrir des abeilles.