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Entretenir · Au fil des saisons

Hivernage des ruches : réserves, entrée, isolation et visites

Préparer une colonie pour l'hiver dès la récolte : réserves à viser, entrée réduite, isolation discutée, et une ruche à soupeser plutôt qu'à ouvrir.

· 8 min de lecture

Des ruches peintes alignées sur un support, au-dessus d'un sol couvert de neige
NatureEntretenir
Saisonjanvier, février, septembre, octobre, novembre, décembre
RubriqueAu fil des saisons
Sources relues le

En hiver, une colonie ne dort pas : elle se serre en grappe autour de sa reine et consomme son miel pour produire de la chaleur, jusqu’au retour des fleurs. Sa survie se décide en grande partie avant les premiers froids, entre la récolte et la fin de l’automne. Ce guide reprend les gestes de préparation, puis ce qu’on peut surveiller sans ouvrir la ruche.

Ce qui se joue à l’automne

Les abeilles qui passeront l’hiver naissent à la fin de l’été. Le Centre de recherche apicole d’Agroscope, en Suisse, explique qu’elles se développent à partir du couvain élevé en fin de saison, et que leur tâche est de maintenir le nid à une température suffisante, puis d’élever le couvain de la saison suivante. Elles vivent plusieurs mois, contre quelques semaines en été.

Le bulletin sanitaire apicole de la DRAAF Bretagne d’octobre 2025 résume les conditions d’un bon hivernage : « une colonie saine, suffisamment populeuse, dans une “maison” de taille adaptée et suffisamment isolée avec une quantité et une qualité de réserves adaptées et toujours une infestation par varroa maîtrisée. » Il ajoute que cette préparation doit débuter dès la récolte faite. Une visite sanitaire au plus tôt après la récolte laisse le temps d’agir sur une colonie malade ou trop faible : réunir deux colonies faibles mais saines, par exemple.

Combien de réserves laisser ?

Le chiffre dépend de la région et de la ruche, et les sources ne donnent pas toutes le même.

Source Réserves conseillées Contexte
DRAAF Bretagne, bulletin d’octobre 2025 15 kg de miel Colonie hivernée sur 10 cadres, en Bretagne
Abbé Warré, manuel de 1948 18 kg (« Certains auteurs disent 20 kg ») Ruche Dadant
Abbé Warré, manuel de 1948 12 kg Sa ruche Warré, plus petite

Pour estimer ce qu’il y a dans la ruche, la DRAAF Bretagne donne un repère : un cadre Dadant plein des deux côtés contient 4 kg de miel. Quinze kilos, c’est donc environ quatre cadres pleins. Si les réserves manquent, le même bulletin conseille de compléter avec du sirop lourd ; la rubrique Au fil des saisons revient sur le nourrissement.

La qualité compte aussi. La DRAAF demande de vérifier que le couvain est entouré d’une bande de pain d’abeille, le pollen stocké, idéalement de plusieurs couleurs. L’ITSAP-Institut de l’abeille déconseille, dans son guide des bonnes pratiques, de laisser hiverner les colonies sur miellat de sapin.

La place des réserves compte autant que leur quantité. Les abeilles en grappe se déplacent vers le haut pour manger ; une colonie peut mourir de faim à côté de cadres pleins si le miel est trop loin d’elle par grand froid. C’est ce que l’abbé Warré décrivait déjà, et ce qui justifie de resserrer la colonie.

Resserrer la colonie

Une petite colonie dans un grand volume chauffe pour rien. La DRAAF Bretagne conseille de retirer les cadres incomplètement bâtis, puis de placer une partition, une planche qui ferme l’espace inutile, de façon à ne laisser aucun intervalle entre cadres inoccupé par les abeilles. Fait assez tôt, ce resserrement pousse les abeilles à remplir complètement les cadres près du couvain au lieu de stocker seulement en haut. Le guide sur la ruche Dadant rappelle pourquoi ce grand corps se prête mal à l’hivernage sans partition.

Réduire l’entrée, arrêter les souris

À l’automne, les souris cherchent un abri chaud, et une ruche pleine de miel en est un. La DRAAF Bretagne conseille de « mettre une portière afin d’empêcher les rongeurs de se réfugier au chaud ». La portière est une réglette ou une grille qui réduit l’entrée à une fente que les abeilles franchissent, mais pas une souris. Une entrée réduite se défend aussi plus facilement contre le pillage par d’autres colonies, qui menace surtout les colonies faibles en fin de saison.

Posez-la avant les premières gelées et vérifiez de temps en temps qu’aucune abeille morte ne la bouche.

Isoler ou non ?

C’est le point où les avis divergent le plus.

Pour isoler. Une expérience menée dans huit ruchers de l’Illinois et publiée en 2022 dans PLoS One (St Clair et ses collègues) a comparé des ruches couvertes d’une enveloppe isolante à des ruches nues : les colonies couvertes ont consommé moins de réserves et survécu mieux, avec un taux de survie supérieur de 22,5 %. Une étude anglaise de Derek Mitchell (International Journal of Biometeorology, 2016) a mesuré que les ruches en bois courantes perdent leur chaleur quatre à sept fois plus vite qu’une cavité d’arbre. Elle est l’œuvre d’un seul auteur, rattaché à une entreprise privée, et repose en partie sur des modèles.

Avec prudence. La DRAAF Bretagne écrit qu’il est « possible d’isoler le toit et peut-être aussi de fermer le fond aéré » : le conseil reste prudent. Or l’ITSAP juge le plateau entièrement grillagé « indispensable » pour compter le varroa. Si vous fermez le fond en hiver, gardez la possibilité de glisser un lange pour suivre les chutes de varroas.

En pratique, l’isolation du toit fait peu débat, celle des parois et du fond davantage. Le climat de votre région pèse lourd : demandez à votre rucher école ce qui se fait autour de vous.

Et l’humidité ?

Une colonie produit de la vapeur d’eau en respirant et en consommant son miel. L’abbé Warré décrivait comment elle monte, se condense sous un couvre-cadre froid et retombe « en brouillard » sur les cadres de rive. Il en tirait la règle de garder le dessus de la ruche chaud, avec un coussin isolant de 10 cm sous un toit ventilé, pour que l’eau ne se condense pas au-dessus des abeilles.

Mitchell, à l’inverse, voit dans l’humidité plus élevée d’une cavité d’arbre bien isolée un avantage pour la colonie. Les deux approches s’accordent sur un point : un toit froid au-dessus de la grappe est à éviter. Surélevez aussi la ruche du sol, et assurez-vous que l’eau de pluie ne stagne pas sur le toit.

Ne plus ouvrir par le froid

Une fois la ruche préparée, l’abbé Warré l’écrivait sans détour : « Après la mise en hivernage, il n’y a aucun motif d’ouvrir la ruche. » Ouvrir par le froid disperse la chaleur de la grappe et oblige les abeilles à consommer davantage pour la reconstituer. La DRAAF Bretagne rappelle que leur mission première en hiver est de réchauffer la grappe en contractant leurs muscles à tour de rôle.

Surveillez donc de l’extérieur :

  • l’entrée, par une journée douce : des sorties de propreté et quelques abeilles qui rapportent du pollen en fin d’hiver sont bon signe ;
  • le lange, sous le plancher grillagé, où vous pouvez compter les varroas tombés sans rien ouvrir.

Soupeser la ruche

Soulever légèrement l’arrière de la ruche par la poignée, sans la décoller du support, donne une idée de ce qui reste. La méthode ne vaut que par comparaison : soupesez chaque ruche à l’automne, une fois les réserves complètes, puis de nouveau en hiver. Une ruche devenue nettement plus légère que les autres demande votre attention. Ce jugement s’acquiert avec l’expérience, auprès d’un apiculteur qui connaît vos ruches.

Pour plus de précision, un peson ou une balance de ruche donne un chiffre. L’abbé Warré avait conçu un trépied de pesée avec un dynamomètre, dont il retranchait le poids du bois, des rayons et des abeilles pour connaître la quantité de miel. Le principe n’a pas changé.

Le traitement d’hiver contre le varroa

Le traitement principal se fait après la dernière récolte. En hiver, une fenêtre s’ouvre : quand la reine arrête de pondre, la colonie n’a presque plus de couvain, et les médicaments à l’acide oxalique atteignent alors les varroas portés par les abeilles.

La DRAAF Bretagne conseille de compter les chutes naturelles sur le lange à l’automne. Si plus d’un varroa tombe par jour, un traitement hivernal à l’acide oxalique est à prévoir « au moment où le couvain est minimum », idéalement après une période assez longue de températures ne dépassant pas 10 °C. Ce traitement suppose d’ouvrir brièvement la ruche, l’une des rares exceptions à la règle : suivez la notice du médicament autorisé que vous employez. Le guide sur le traitement du varroa liste ces médicaments et les précautions à prendre.

Sources

Consultées le 1er octobre 2026.

  • DRAAF Bretagne, Bulletin régional de la santé de l’abeille n° 7, octobre 2025, article « Comment préparer au mieux les colonies à l’hivernage ? ».
  • ITSAP-Institut de l’abeille, « Guide des bonnes pratiques apicoles », chapitre M « Principales maladies », juin 2018.
  • St Clair A. L., Beach N. J., Dolezal A. G., « Honey bee hive covers reduce food consumption and colony mortality during overwintering », PLoS One, 2022 (résumé).
  • Mitchell D., « Ratios of colony mass to thermal conductance of tree and man-made nest enclosures of Apis mellifera », International Journal of Biometeorology, 2016 (résumé).
  • Agroscope, Centre de recherche apicole, communiqué du 6 décembre 2016 sur le vieillissement des ouvrières (encadré sur les abeilles d’été et d’hiver).
  • Abbé Émile Warré, « L’apiculture pour tous », 12e édition, 1948 (édition numérique de 2020), chapitres sur la ruche Dadant, la mise en hivernage et la pesée de la ruche.

Vos questions

Combien de miel laisser à une colonie pour l'hiver ?

Il n'existe pas de chiffre unique. Le bulletin sanitaire de la DRAAF Bretagne vise 15 kg pour une colonie hivernée sur 10 cadres Dadant ; l'abbé Warré comptait 18 kg pour une Dadant et 12 kg pour sa ruche plus petite. Le climat de votre région et la taille de la ruche font varier ce besoin.

Faut-il isoler une ruche en hiver ?

Les avis divergent. Une étude américaine de 2022 a mesuré une meilleure survie des ruches couvertes d'une enveloppe isolante ; la DRAAF Bretagne conseille d'isoler le toit. La question du fond grillagé, à fermer ou non, reste débattue.

Peut-on ouvrir une ruche en hiver ?

Mieux vaut l'éviter : ouvrir disperse la chaleur de la grappe. On surveille de l'extérieur, en observant l'entrée et en soupesant la ruche.

Quand faire le traitement d'hiver contre le varroa ?

Quand la colonie n'a plus ou presque plus de couvain, avec un médicament à l'acide oxalique autorisé et selon sa notice. La DRAAF Bretagne le conseille quand plus d'un varroa tombe par jour sur le lange à l'automne.