Aller au contenu

Comprendre · La ruche et le matériel

Ruche Warré : la ruche populaire et sa conduite par le bas

La ruche populaire de l'abbé Warré : hausses de 30 cm, barrettes ou cadres, agrandissement par le dessous, et ce qu'elle impose au contrôle sanitaire.

· 8 min de lecture

Une vieille ruche en bois coiffée d'un toit en chalet, dans une clairière au soleil
NatureComprendre
RubriqueLa ruche et le matériel
Sources relues le

La ruche Warré se reconnaît à sa silhouette : une colonne de petites caisses carrées identiques, coiffée d’un toit. Son inventeur, l’abbé Émile Warré, l’appelait « Ruche Populaire » et la voulait simple à construire, économe en visites et proche de la façon dont les abeilles vivent dans un tronc creux. Elle séduit beaucoup d’apiculteurs de loisir, mais elle oblige à repenser la surveillance sanitaire, surtout contre le varroa.

D’où vient la ruche Warré, et où lire son livre ?

L’abbé Warré a exposé sa méthode dans « L’apiculture pour tous », un manuel réédité de nombreuses fois. La 12e édition, imprimée à Tours et déposée au 4e trimestre 1948, circule aujourd’hui gratuitement en ligne sous la forme d’une édition numérique de 2020, présentée comme une mise en forme pour liseuses qui respecte le texte et les dessins de 1948. C’est cette édition qui sert de base à ce guide. Une traduction anglaise, « Beekeeping for All », a été faite à partir de la même édition.

Le livre raconte comment l’auteur est passé des grandes ruches à cadres à une ruche plus étroite, et prévient déjà que sa ruche est copiée, et vendue « sous des noms différents : Ruche Populaire, ruche Warré, ruche genre Warré », avec des modifications qu’il juge « loin d’être des améliorations ». Avant d’acheter ou de construire, mieux vaut donc revenir aux cotes du livre.

Le principe : une ruche étroite qu’on agrandit par le bas

Dans un tronc creux, une colonie bâtit ses rayons de haut en bas et stocke son miel au-dessus du couvain (œufs, larves et nymphes). La Warré reprend ce schéma.

L’abbé Warré décrit l’idée de départ ainsi : « L’agrandissement par un corps de ruche placé au-dessous de l’autre est aussi un grand progrès. » Il y voit deux avantages : on n’a pas besoin de découvrir la ruche pour l’agrandir, et on peut le faire tôt sans refroidir le couvain.

Dans sa conduite, deux hausses forment le nid à couvain pendant l’hiver et le printemps. Une troisième, au moins, s’ajoute pour la miellée, la période où les fleurs donnent beaucoup de nectar. À la récolte, on retire les hausses pleines du haut et on garde les deux suivantes pour l’hivernage. Au printemps, on glisse une ou plusieurs hausses vides en dessous.

L’abbé Warré a aussi renoncé à la cire gaufrée, ces feuilles imprimées d’alvéoles que l’on fixe dans les cadres. Il raconte avoir constaté, faute de feuilles un soir, que les abeilles bâtissaient sur de simples amorces de cire brute « au moins aussi vite » et plus régulièrement. Il n’a plus employé que ces amorces.

Quelles dimensions ?

Le livre donne des cotes précises pour la version à rayons fixes. Elles sont en mètres dans le texte ; les voici converties.

Élément Cote donnée par l’abbé Warré (1948)
Hausse, intérieur 30 x 30 cm, 21 cm de haut
Épaisseur des parois 2 cm au moins
Porte-rayons (barrettes) 8 par hausse, 9 x 24 x 315 mm
Écart entre barrettes 36 mm d’axe en axe, soit 12 mm de passage
Plateau 1,5 à 2 cm d’épaisseur, entrée de 12 cm de large taillée dedans
Coussin isolant sous le toit 10 cm de haut

L’auteur insiste sur un point : seules les cotes intérieures comptent. Il écrit que « Les dimensions extérieures peuvent varier comme l’épaisseur des bois employés. » Pour deux hausses, il compte 36 litres, contre 44 pour sa version à cadres.

À titre de comparaison, le corps d’une Dadant 10 cadres offre environ 54 litres d’après le CARI, sur une surface de 50 x 43 cm. Le guide sur la ruche Dadant détaille ces cotes. La Warré mise sur la hauteur plutôt que sur la largeur : l’abbé Warré pensait qu’en hiver la grappe d’abeilles trouve plus facilement ses provisions quand elles sont au-dessus d’elle.

Barrettes ou cadres ?

On l’oublie souvent : l’abbé Warré a conçu deux ruches. La « Ruche Populaire à cadres » convenait selon lui aux grandes exploitations, parce qu’elle permettait l’extracteur. La version « à rayons fixes », sur barrettes, avait sa préférence. Il affirme qu’elle économisait 3 kg de provisions d’hiver par rapport à la version à cadres, et qu’il avait trouvé des cages permettant de passer les rayons fixes à l’extracteur.

Le commerce propose aujourd’hui les deux, avec des variantes vitrées ou horizontales, aux cotes propres à chaque fabricant. Avant d’échanger du matériel, comparez les mesures intérieures.

Avantages et limites

Les arguments de l’abbé Warré datent des années 1940 ; certains tiennent toujours.

Ce que la Warré apporte Ce qu’elle complique
Construction simple, peu de bois, pas de cadres ni de cire gaufrée Ajouter une hausse par le bas oblige à soulever toute la pile, lourde en été
Volume réduit, que l’auteur jugeait favorable à l’hivernage Rayons souvent soudés aux parois : les sortir demande de les découper
Peu de visites : l’auteur parle d’une ouverture par an Impossible de prêter un cadre de couvain à une colonie voisine ou de la nourrir avec un cadre de miel
Renouvellement de la cire au fil des récoltes, par le haut Extraction plus lente : rayons à presser ou à passer en cage
12 kg de provisions d’hiver selon l’auteur, contre 15 à 18 kg pour d’autres ruches Les formations se font le plus souvent sur Dadant : une partie des gestes s’apprend seul

Le poids mérite une précision. Une hausse de Warré est plus petite qu’une hausse de Dadant, mais pour glisser une hausse vide en dessous, il faut soulever toutes celles du dessus, miel et abeilles compris. Prévoyez de travailler à deux, ou avec un lève-ruche.

Ce que la Warré impose au contrôle sanitaire

Compter le varroa

Le guide des bonnes pratiques de l’ITSAP (juin 2018) écrit qu’un plateau entièrement grillagé, sous lequel on glisse un lange graissé, « est indispensable pour évaluer la population de Varroa d’une colonie ». Le plateau décrit par l’abbé Warré est plein. Une Warré conduite aujourd’hui doit donc recevoir un plancher grillagé avec un tiroir.

Les comptages sur un échantillon d’environ 300 abeilles, au sucre glace ou par lavage, se font sur des abeilles prélevées sur un cadre de couvain ouvert. Sur barrettes, il faut pouvoir sortir un rayon de couvain sans le briser : cela suppose de le détacher des parois, au couteau, ce qui se fait mieux par temps doux et avec de l’expérience. Le guide sur le traitement du varroa détaille les méthodes et les médicaments autorisés, qui s’emploient dans une Warré comme ailleurs, en suivant leur notice.

Examiner le couvain

Les maladies du couvain se repèrent en regardant les alvéoles. Pour la loque américaine, maladie réglementée qui se déclare à la DDPP, l’ITSAP recommande d’« observer le couvain régulièrement afin d’intervenir le plus rapidement possible ». Une ruche qu’on n’ouvre qu’une fois par an, comme le proposait l’abbé Warré, laisse passer ces signes.

Ce que disent les textes

Aucun texte national français consulté n’impose des cadres mobiles. L’arrêté du 11 août 1980, dans sa version consolidée, traite surtout de l’organisation sanitaire, de la déclaration et du numéro d’apiculteur. Mais l’arrêté du 23 décembre 2009, qui fixe les mesures en cas de maladie réputée contagieuse, oblige les détenteurs à assister aux visites des agents et à leur apporter « Leur collaboration, notamment pour l’ouverture des ruches », ainsi que « Le matériel nécessaire à l’examen des ruches ». En cas de loque américaine confirmée, son annexe prévoit que les colonies viables « doivent être transvasées dans une ruche saine ».

Autrement dit, la loi ne vous interdit pas la Warré, mais elle part du principe que vos rayons peuvent être examinés. Votre GDS (groupement de défense sanitaire) peut vous dire comment ses techniciens procèdent avec ce type de ruche dans votre département.

La Warré est-elle faite pour vous ?

Elle convient à l’apiculteur qui accepte de récolter moins vite et veut intervenir peu dans le nid, moins à celui qui débute seul, sans personne pour lui montrer les gestes propres à ce modèle. Dans tous les cas, la surveillance du varroa reste la même que dans une Dadant. La rubrique La ruche et le matériel compare les autres modèles.

Sources

Consultées le 1er octobre 2026.

  • Abbé Émile Warré, « L’apiculture pour tous », 12e édition, Arrault et Cie, Tours, dépôt légal 4e trimestre 1948 ; édition numérique de 2020 reprenant le texte et les dessins de 1948 (chapitres « Origine de la Ruche Populaire », « Construction de la Ruche Populaire à rayons fixes », « Le rucher », « Mise en hivernage »).
  • ITSAP-Institut de l’abeille, « Guide des bonnes pratiques apicoles », chapitre M « Principales maladies », juin 2018 (fiches M1 varroose et M2 loque américaine).
  • Arrêté du 11 août 1980 relatif au dispositif sanitaire de lutte contre les maladies des abeilles, version consolidée au 10 septembre 2020 (copie Légifrance archivée par FAOLEX).
  • Arrêté du 23 décembre 2009 établissant les mesures de police sanitaire applicables aux maladies réputées contagieuses des abeilles, Journal officiel du 29 décembre 2009 (article 11 et annexe).
  • GDS France, fiche technique « Biologie de Varroa destructor », juin 2019 (première observation en France).
  • CARI, fiche technique « La ruche Dadant : le format le plus utilisé de nos régions ! », 2025 (volume du corps Dadant).

Vos questions

Quelles sont les dimensions d'une ruche Warré ?

Dans la 12e édition de « L'apiculture pour tous » (1948), chaque hausse mesure à l'intérieur 30 cm de large, 30 cm de long et 21 cm de haut, avec huit porte-rayons espacés de 36 mm d'axe en axe. Les cotes extérieures varient avec l'épaisseur du bois.

Pourquoi agrandit-on une ruche Warré par le bas ?

Parce que la colonie bâtit vers le bas et stocke son miel au-dessus du couvain. L'abbé Warré ajoutait donc les hausses vides sous les autres et récoltait celles du haut, sans ouvrir le nid à couvain.

La ruche Warré est-elle autorisée en France ?

Aucun texte national consulté n'impose de cadres mobiles. Mais l'apiculteur doit pouvoir faire examiner son couvain en cas de maladie réglementée, et compter le varroa : une Warré à barrettes demande d'être équipée et conduite pour cela.

Ruche Warré ou Dadant pour débuter ?

La Dadant reste celle des formations et des essaims vendus sur cadres. La Warré se conduit autrement et demande d'apprendre seul une partie des gestes : parlez-en à votre rucher école avant de choisir.