Pas à pas · La ruche et le matériel
Hausse de ruche : quand la poser et quand la retirer
Les signes qui annoncent le moment de poser la hausse, le débat sur la grille à reine, le nombre de hausses et leur retrait avant le traitement d'été.
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La hausse est la caisse que l’on pose au-dessus du corps de ruche pendant la miellée, la période où les fleurs donnent beaucoup de nectar : c’est là que les abeilles stockent le miel que l’apiculteur récoltera. Posée sur une colonie encore faible, elle reste vide ; posée trop tard, elle laisse la colonie manquer de place, ce qui la pousse à essaimer. Ce guide part des signes à observer, puis aborde les questions qui divisent : la grille à reine, le nombre de hausses, le moment de les retirer.
À quoi sert la hausse ?
Dans une ruche Dadant, la hausse a la même section que le corps mais une hauteur d’environ 17 cm, contre un peu plus de 30 cm pour le corps ; le guide sur la ruche Dadant détaille ces cotes et l’écart des cadres, plus large en hausse. Le partage des rôles est net dans le support de formation de l’ITSAP-Institut de l’abeille : on ne récolte que le miel des hausses, et l’on laisse aux abeilles les réserves du corps.
Deux règles en découlent avant même de poser la hausse. La colonie ne doit pas être nourrie pendant la miellée, et le miel ne doit pas avoir été en contact avec un traitement contre le varroa. Le même support précise que le nourrissement de printemps se fait de manière modérée « en l’absence de hausses » : on arrête le sirop avant de poser la première.
Quand poser la première hausse ?
Aucune source ne donne de date, et c’est logique : la miellée arrive avec les floraisons, qui changent d’une région et d’une année à l’autre. Les signes, eux, sont décrits.
| Signe | Source |
|---|---|
| Les deux tiers de l’élément sont couverts d’abeilles, souvent avec de la cire bâtie entre le haut des cadres et le couvre-cadre | National Bee Unit, guide de bonnes pratiques n° 6 (novembre 2025) |
| Colonie forte, miellée en cours, place qui diminue dans la ruche | Mémento de l’apiculteur polynésien (2020) |
| Cire nouvelle bien blanche sur les cadres | Mémento de l’apiculteur polynésien |
| Une bande de miel s’installe en haut des cadres du nid | Abbé Warré, 1948 |
La National Bee Unit, le service d’inspection apicole britannique, explique le premier signe : quand la reine n’a plus d’alvéoles où pondre, la colonie est susceptible d’essaimer. La cire blanche toute neuve signale que les abeilles bâtissent, ce qu’elles font quand le nectar rentre. Le mémento polynésien recommande la pose des hausses « sur les colonies fortes ».
Le dernier signe vient de l’abbé Warré. Il avait observé qu’une bande de miel en haut des cadres freinait la montée des abeilles : elles répugnent à passer sur le miel, montent difficilement dans la hausse et « préféreront souvent essaimer ». Le guide sur la ruche Dadant rappelle aussi que la colonie peut mettre du temps à occuper ce grand corps avant de monter.
Avec ou sans grille à reine ?
La grille à reine est une grille calibrée posée entre le corps et la hausse : les ouvrières passent, pas la reine, plus grosse, ni les mâles. Sur son intérêt, les sources sérieuses ne disent pas la même chose.
| Source | Position |
|---|---|
| ITSAP, module sur le matériel (2017) | « l’élément indispensable » à intercaler entre le corps et les hausses, pour éviter la ponte au milieu des réserves de miel, qui compliquerait la récolte |
| DRAAF Bretagne, livret pour débutants | Meilleure sécurité sanitaire : sans couvain dans les hausses, celles-ci portent moins d’agents infectieux quand on les change de ruche |
| Mémento de l’apiculteur polynésien (2020) | Évite larves et couvain dans la hausse et facilite la récolte |
| National Bee Unit (2025) | Les abeilles hésitent parfois à franchir la grille vers la première hausse : on peut la laisser de côté deux jours, si une couronne de miel entoure le couvain |
| Bundschuh et ses collègues, Apidologie (2024) | Sur 64 ruches dans 8 ruchers allemands, aucune différence significative de dynamique des colonies avec ou sans grille |
L’étude allemande précise, dans son résumé, que l’effet de la grille fait débat chez les apiculteurs sans avoir été étudié scientifiquement jusque-là. Elle porte sur des ruchers en conduite biodynamique, en Allemagne, pendant une saison : elle ne dit rien de la récolte d’un rucher français. La National Bee Unit, de son côté, ne conteste pas la grille ; elle propose seulement d’attendre que les abeilles aient pris possession de la hausse avant de la poser, en vérifiant alors que la reine est bien dans le corps et n’a pas pondu en haut.
En pratique, le choix dépend de ce que vous voulez éviter. Sans grille, vous risquez de trouver du couvain dans un cadre de hausse au moment de récolter. Avec grille, les abeilles peuvent tarder à monter, comme le note la National Bee Unit ; aucune des sources consultées ne mesure ce retard.
Combien de hausses ?
Pas de nombre fixe. L’abbé Warré l’écrivait pour sa propre ruche : le nombre de hausses nécessaires varie avec la richesse mellifère de la région et la fécondité de chaque reine, et il conseillait d’en avoir quelques-unes d’avance.
La National Bee Unit donne deux repères. Ajoutez une hausse quand les deux tiers de la précédente sont occupés. Mais ne posez pas trop de hausses d’un coup : les abeilles stockent alors le nectar dans les cadres du centre seulement, ce que les Britanniques appellent chimneying, et laissent davantage de miel non operculé. Elle rappelle que trouver le bon équilibre s’apprend avec l’expérience, et que l’encombrement de la ruche est un facteur majeur d’essaimage.
Où placer la deuxième hausse, au-dessus de la première ou glissée dessous, fait aussi l’objet de pratiques différentes ; aucune des sources consultées ne compare les deux.
La hausse et l’essaimage
Donner de la place n’empêche pas à coup sûr une colonie d’essaimer, mais en manquer y pousse. Le mémento polynésien range la pose d’une nouvelle hausse parmi les gestes qui limitent l’essaimage, avec la destruction des ébauches de cellules royales, l’ajout d’un ou deux cadres de cire gaufrée dans le nid à couvain et une nouvelle visite une semaine après. La National Bee Unit conseille, quand la reine n’a plus de place pour pondre dans le corps, d’ajouter si besoin un second corps.
Ces gestes ne remplacent pas la visite qui repère les cellules royales, ces grandes alvéoles où la colonie élève de nouvelles reines avant de se diviser. Le thème La colonie revient sur l’essaimage et ses signes.
Quand retirer les hausses ?
Quand le miel est mûr. Le mémento polynésien récolte les cadres operculés sur 80 % de leur surface ; en dessous, le miel garde trop d’eau et risque de fermenter. Le guide pour extraire le miel détaille le chasse-abeilles, à poser la veille, et la suite des opérations.
Avant le traitement contre le varroa. C’est la contrainte la plus ferme. La notice de l’Apivar recommande un traitement en absence de hausses, après la dernière miellée, et le livret de la DRAAF Bretagne classe parmi les mauvaises pratiques l’usage d’un médicament en présence de hausse. Le calendrier dépend de votre région : la fiche Bayvarol de GDS France situe ce traitement de fin juillet à mi-août, posé avant le 15 septembre, et le GDS de Bretagne a demandé en 2026 de poser l’Apivar au plus tard le 15 août. Une dernière hausse laissée pour une miellée tardive repousse donc le traitement, et c’est un arbitrage à discuter avec votre GDS.
Après l’extraction, ne posez pas les hausses sur le sol et gardez-les à l’abri du pillage et de la chaleur, comme le demande l’ITSAP. Il conseille, près du voisinage, de les reposer sur les ruches pour que les abeilles lèchent le miel restant. Le livret breton précise que seule la colonie qui a produit ce miel doit lécher sa hausse, pour ne pas faire circuler de maladies.
Sources
Consultées le 1er octobre 2026.
- ITSAP-Institut de l’abeille, Mallette pédagogique à destination des ruchers-école, module 3 « Matériel apicole », module 6 théorique « Les produits de la ruche » et module 7 théorique « Conduite du rucher », octobre 2017.
- National Bee Unit (APHA, Royaume-Uni), Best Practice Guideline No. 6 : Spring checks, novembre 2025.
- Bundschuh R. et al., « Effects of queen excluders on the colony dynamics of honeybees (Apis mellifera L.) under biodynamic management », Apidologie, 2024 (résumé).
- DRAAF Bretagne, Mieux savoir. Livret destiné à ceux qui acquièrent leur première colonie, version 2024.
- DRAAF Bretagne, Bulletin régional de la santé de l’abeille n° 10, juin 2026 (calendrier de traitement du GDS Bretagne).
- Direction de l’agriculture de la Polynésie française et CFPPA, Mémento de l’apiculteur polynésien, édition 2020.
- Abbé Émile Warré, « L’apiculture pour tous », 12e édition, 1948 (édition numérique de 2020), chapitre sur la construction de la Ruche Populaire.
- Anses-ANMV, résumé des caractéristiques du produit Apivar, index des RCP ; GDS France, fiche technique « Bayvarol », février 2021.
Vos questions
Quand mettre une hausse sur une ruche ?
Quand la colonie occupe largement son corps de ruche et qu'une miellée commence. La National Bee Unit britannique ajoute une hausse quand les deux tiers de l'élément précédent sont couverts d'abeilles, souvent signalés par de la cire bâtie entre les cadres et le couvre-cadre.
Faut-il une grille à reine sous la hausse ?
Les avis divergent. L'ITSAP la juge indispensable pour éviter la ponte dans le miel, la DRAAF Bretagne y voit un avantage sanitaire, tandis qu'une étude allemande de 2024 n'a mesuré aucune différence de développement entre colonies avec et sans grille.
Combien de hausses mettre sur une ruche ?
Il n'y a pas de nombre fixe : il dépend de la force de la colonie et de la miellée. On en ajoute une quand la précédente se remplit, sans en empiler trop d'un coup, ce qui disperse le miel et retarde l'operculation.
Quand retirer les hausses ?
Après la dernière miellée, quand les cadres sont operculés, et dans tous les cas avant de poser un traitement contre le varroa : la notice de l'Apivar, par exemple, recommande de traiter en absence de hausses.


