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Pas à pas · Récolte et produits

Extraire le miel : de la hausse au pot, étape par étape

Retirer les hausses, désoperculer, passer à l'extracteur, filtrer, maturer et mettre en pot, avec l'humidité maximale fixée par le décret miel.

· 8 min de lecture

Une griffe à désoperculer ouvre les alvéoles d'un cadre de miel
NaturePas à pas
Saisonde juin à août
RubriqueRécolte et produits
Sources relues le

Extraire le miel, c’est le faire sortir des alvéoles de cire où les abeilles l’ont stocké, sans abîmer ni le miel ni les cadres. La technique tient en quelques gestes, mais l’humidité du miel et l’hygiène de la pièce décident de sa conservation. Ce guide suit le support de formation de l’ITSAP-Institut de l’abeille et le décret qui définit le miel en France.

Avant de récolter : quels cadres prendre ?

Le support de formation de l’ITSAP pose les règles de base. On ne récolte que le miel des hausses, les caisses posées au-dessus du corps de ruche, en laissant les réserves du corps. Les cadres doivent être bien operculés, c’est-à-dire fermés par les abeilles avec un couvercle de cire, et ne contenir ni couvain ni pain d’abeille, le mélange de pollen et de miel stocké par les abeilles. En amont, le miel ne doit pas avoir été en contact avec un traitement contre le varroa, et la colonie ne doit pas avoir été nourrie pendant la miellée.

Pourquoi l’opercule compte autant : d’après l’ITSAP, le nectar contient de l’ordre de 60 à 80 % d’eau quand les abeilles le récoltent, et elles le déshydratent jusqu’à 16 à 18 % avant de l’operculer. Un cadre insuffisamment operculé donne un miel trop humide, qui risque de fermenter. Le mémento technique de la Direction de l’agriculture de Polynésie française fixe un repère pratique : récolter les cadres operculés sur 80 % de leur surface.

Retirer les hausses

L’ITSAP décrit plusieurs méthodes :

Méthode Principe Ce qu’en dit l’ITSAP
Plateau chasse-abeilles Plateau posé sous la hausse, généralement la veille, qui ne laisse passer les abeilles que dans un sens, vers le corps Deux interventions espacées d’au moins une dizaine d’heures, mais la méthode la plus douce pour les abeilles
Brossage On brosse les abeilles cadre par cadre Fastidieux, réservé aux petits cheptels, avec un risque de propagation de maladies à surveiller
Souffleur On chasse les abeilles avec un souffle d’air Plus rapide ; souffler devant l’entrée de leur ruche d’origine

Faites un usage modéré de l’enfumoir, dont la fumée peut modifier le goût du miel selon l’ITSAP. Une fois retirées, les hausses ne doivent être posées ni sur le sol ni sur la terre, et doivent rester à l’abri du pillage et de la chaleur. Le mémento polynésien conseille de récolter rapidement et par temps sec, parce que le miel des hausses en attente capte l’humidité de l’air.

Mesurer l’humidité : le seuil légal

Le décret n° 2003-587 du 30 juin 2003 relatif au miel, dans sa version en vigueur consultée sur Légifrance, fixe la teneur en eau maximale :

Type de miel Teneur en eau maximale
Miel en général 20 %
Miel de bruyère (Calluna) et miel destiné à l’industrie 23 %
Miel de bruyère (Calluna) destiné à l’industrie 25 %

La norme internationale du Codex Alimentarius pour le miel (CXS 12-1981, révisée en 2001) retient aussi 20 % en général et 23 % pour la bruyère Calluna. Le mémento polynésien conseille de viser 18 % au maximum pour éviter la fermentation : c’est un repère de qualité, plus strict que la loi, et qui ne s’impose pas en métropole.

Pour vérifier, l’ITSAP recommande un réfractomètre adapté au miel, avec trois prélèvements par cadre, la mesure se faisant en général à 20 °C (reportez-vous à la notice de votre appareil). Le miel est très avide d’eau : il ne doit jamais entrer en contact avec de l’eau, et l’ITSAP suggère un déshumidificateur dans la pièce d’extraction.

Désoperculer et extraire

L’extraction se fait rapidement après la récolte, dans une pièce facile à nettoyer et protégée de l’arrivée des abeilles. Pour un petit rucher, l’ITSAP décrit une chaîne entièrement manuelle : désoperculation avec une lame (on retire la fine couche de cire qui ferme les alvéoles), centrifugeuse à manivelle ou pressage à froid, puis filtration par gravité. La griffe à désoperculer, visible sur la photo de ce guide, soulève les opercules avec ses pointes : c’est une autre façon de faire le même travail.

L’extracteur est une centrifugeuse : en tournant, il projette le miel hors des alvéoles contre la paroi de la cuve. Deux familles existent.

Type Position des cadres Conséquence
Tangentiel Une face du cadre tournée vers la paroi Il faut retourner les cadres pour vider l’autre face, sauf sur les modèles à paniers réversibles qui pivotent sans sortir le cadre
Radial (ou radiaire) Cadres disposés comme les rayons d’une roue Les deux faces se vident pendant la même rotation

Les variantes de l’extracteur tangentiel, à paniers réversibles ou pivotants, sont décrites notamment dans la demande de brevet européen EP 1 138 197, qui rappelle aussi que leur capacité en cadres est limitée. Le choix dépend surtout du nombre de cadres à traiter ; aucune des sources consultées ne tranche entre les deux.

Filtrer et laisser maturer

Après l’extraction, le miel passe dans un tamis qui retient les débris de cire et les abeilles. L’ITSAP conseille ensuite de le laisser reposer dans un maturateur, une cuve équipée d’une vanne à guillotine en bas : les bulles d’air et les particules légères remontent en surface. Retirez cette écume, filtrez de nouveau si besoin. La maturation dure quelques jours, environ une semaine ; attention aux miels qui cristallisent très vite, comme le colza, qu’il vaut mieux mettre en pot sans trop attendre.

Le décret de 2003 interdit de retirer le pollen ou les autres constituants propres au miel, sauf ce qui part inévitablement avec les matières étrangères. Un tamis ordinaire convient donc ; un filtrage poussé jusqu’à éliminer le pollen correspondait à la catégorie « miel filtré », que la réforme de 2026 retire des dénominations de vente au consommateur selon la présentation qu’en fait la DGCCRF.

Mettre en pot et stocker

Pour la mise en pot, l’ITSAP demande des pots en matière conforme au contact alimentaire, fermés par un couvercle parfaitement étanche. Si vous vendez ou donnez des pots étiquetés, le poids réel doit correspondre à celui de l’étiquette. Notez les quantités, les dates et les types de miel dans un cahier de miellerie, ce que le livret de la DRAAF Bretagne présente aussi comme une bonne pratique de traçabilité.

Pour la conservation, l’ITSAP conseille des locaux secs à température constante de 14 °C ou moins.

L’hygiène de la miellerie familiale

Le mémento polynésien présente une pièce dédiée comme l’idéal. À défaut, une pièce de la maison bien préparée peut servir, avec les mêmes règles, que l’ITSAP résume ainsi :

  • une tenue différente de celle du rucher, et pas de cigarette ;
  • un local propre et sec, sans poussière en suspension, fermé aux abeilles comme aux autres nuisibles ;
  • des outils nettoyés et secs, en matériaux conformes au contact alimentaire : l’acier galvanisé et le plomb sont interdits ;
  • une vérification régulière de l’état du matériel (oxydation, salissures, eau stagnante).

Le livret de la DRAAF Bretagne ajoute le principe de la marche en avant : le matériel sale et le matériel propre ne doivent pas se croiser, même si la pièce sert à autre chose le reste de l’année. Le thème Récolte et produits rassemble les guides sur les autres produits de la ruche.

Ce qu’on laisse aux abeilles

La récolte prend une partie des réserves de la colonie. L’ITSAP limite la récolte aux hausses et laisse le corps de ruche aux abeilles ; le mémento polynésien conseille de toujours laisser un ou deux cadres de miel en réserve. Pour l’hiver, le livret de la DRAAF Bretagne estime les besoins à 15 à 25 kg de réserves par colonie, soit au moins l’équivalent de cinq cadres de corps Dadant pleins : si vous récoltez tard, vérifiez ce qui reste avant l’automne, et prévoyez un nourrissement si nécessaire (voir le thème Au fil des saisons).

Les cadres vidés ne se rangent pas tels quels, à cause de la fausse teigne, un papillon dont les larves dévorent la cire. Près du voisinage, l’ITSAP recommande de reposer les hausses sur les ruches pour que les abeilles lèchent les dernières traces de miel. Ailleurs, il admet aussi de les faire lécher en extérieur, en surveillant l’agressivité que cela peut provoquer, ou de les garder en chambre froide.

Sources

  • Décret n° 2003-587 du 30 juin 2003 relatif au miel, annexes I et II, version en vigueur, Légifrance (consulté le 1er octobre 2026) ; texte initial et décret modificatif n° 2015-902 du 22 juillet 2015 (JO du 24 juillet 2015).
  • Décret n° 2026-312 du 24 avril 2026 relatif notamment au miel, Légifrance (référence) et présentation de la DGCCRF (consultés le 1er octobre 2026).
  • Codex Alimentarius, norme pour le miel CXS 12-1981, révisée en 2001, reproduite en annexe de FAO, Bees and their role in forest livelihoods, 2009 (consulté le 1er octobre 2026).
  • ITSAP-Institut de l’abeille, Mallette pédagogique à destination des ruchers-école, module 6 « Les produits de la ruche », théorique et pratique, octobre 2017 (consulté le 1er octobre 2026).
  • Direction de l’agriculture de la Polynésie française et CFPPA, Mémento de l’apiculteur polynésien, édition 2020, chapitre « Récolte de miel » (consulté le 1er octobre 2026).
  • DRAAF Bretagne, Mieux savoir. Livret destiné à ceux qui acquièrent leur première colonie, version 2024 (consulté le 1er octobre 2026).
  • Office européen des brevets, demande EP 1 138 197 A2, Multi-layer honey extractors, 2001, partie descriptive sur les extracteurs tangentiels (consultée le 1er octobre 2026).

Vos questions

Quelle humidité maximale pour un miel ?

20 % en général, selon le décret n° 2003-587 relatif au miel et la norme Codex. Le miel de bruyère (Calluna) peut aller jusqu'à 23 %.

Extracteur tangentiel ou radial, quelle différence ?

Dans un extracteur tangentiel, le cadre présente une face à la paroi et il faut le retourner pour vider l'autre, sauf sur les modèles à paniers réversibles. Dans un extracteur radial, les cadres sont disposés comme les rayons d'une roue.

Combien de temps laisser le miel dans le maturateur ?

Quelques jours, environ une semaine selon le support de formation de l'ITSAP, le temps que les bulles et les débris de cire remontent. Les miels qui cristallisent vite, comme le colza, se mettent en pot plus tôt.

Quand poser le chasse-abeilles ?

En général la veille de la récolte, d'après l'ITSAP. Il faut compter au moins une dizaine d'heures pour que les abeilles quittent la hausse.