Pas à pas · La colonie
Prévenir l'essaimage : signes avant-coureurs et méthodes reconnues
Repérer les cellules royales et le manque de place, puis agrandir, poser une hausse, diviser ou changer de reine : ce que conseillent les instituts.
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Un essaim qui part au printemps emporte une grande partie des ouvrières, et avec elles une bonne part de la récolte espérée. On ne supprime pas l’instinct de reproduction d’une colonie, mais on peut repérer ses préparatifs et lui retirer ses raisons de partir. Ce guide part de ce qui se voit dans la ruche, puis présente les méthodes que décrivent l’ITSAP-Institut de l’abeille et plusieurs services publics ou universitaires, en France et à l’étranger. Ce qu’est un essaim, et que faire quand il est posé dans un arbre, est expliqué dans le guide Essaim d’abeilles.
Pourquoi une colonie se prépare à essaimer
La publication de l’université de Floride sur la maîtrise de l’essaimage (Ellis, DeBerry et Crowley) cite plusieurs déclencheurs qui s’additionnent : une population qui grandit sans place pour s’étendre, des phéromones de la reine qui circulent moins bien, l’abondance de nectar et de pollen, les jours qui rallongent et l’âge de la reine. Les auteurs insistent sur une nuance : ce ne sont pas forcément les colonies fortes qui essaiment, mais celles qui sont à l’étroit. Dans une ruche bondée, les ouvrières perçoivent moins la phéromone de la reine, et c’est ce signal affaibli qui les pousse à élever de nouvelles reines.
L’ITSAP ajoute que la maîtrise de l’essaimage ne s’applique pas de façon systématique : il faut connaître le rythme de développement de ses abeilles, et certaines lignées rustiques redémarrent au printemps avec une population modeste sans jamais déborder.
Les signes avant-coureurs
Le support de formation de l’ITSAP pour les ruchers écoles cite d’abord les ébauches de cellules royales et le manque d’espace, auxquels il ajoute le blocage de la ponte. Le mémento technique de la Direction de l’agriculture de Polynésie française dresse une liste plus longue : une colonie forte en pleine miellée qui manque de place, de la cire neuve très blanche, l’abondance de couvain de mâles et des cellules royales sur le côté ou en bas des cadres. Le service apicole britannique note qu’une ruche qui construit des ponts de cire entre le haut des cadres et le couvre-cadre manque de place.
Toutes les cellules royales ne racontent pas la même histoire :
| Ce que vous voyez | Ce que cela indique | Source |
|---|---|---|
| Cupules vides, petites coupelles au bas des cadres | Rien d’imminent : les colonies en construisent souvent | Université de Floride |
| Cellules occupées par une larve nourrie, sur le bord ou le bas des cadres | Préparatifs d’essaimage commencés | Université de Floride, mémento polynésien |
| Cellules royales operculées | Essaimage devenu difficile à arrêter | Université de Floride |
| Cellules au milieu d’un cadre | Le plus souvent remplacement de la reine ou élevage de sauveté : à ne pas détruire | National Bee Unit |
Le calendrier du développement explique l’urgence. Une reine sort de sa cellule 16 jours après la ponte de l’œuf, et la cellule est operculée au bout de huit jours environ : le guide sur la reine abeille détaille ces étapes.
À quel rythme surveiller ?
Les sources ne fixent pas le même intervalle. Le livret de la DRAAF Bretagne demande des visites au moins tous les 15 jours en saison pour maîtriser l’essaimage ; l’université de Floride juge qu’une surveillance efficace des cellules suppose une visite tous les sept à neuf jours. L’écart se comprend : entre la ponte dans une cupule et l’operculation, il s’écoule à peine plus d’une semaine, et une visite tous les quinze jours peut laisser passer tout le cycle.
L’université de Floride conseille de commencer la surveillance deux à quatre semaines avant la grande miellée de votre secteur. Le calendrier type de l’ITSAP place le contrôle de l’essaimage en mai et en juin, et le National Bee Unit rappelle que des essaims partent dès mars ou début avril dans les régions douces.
Donner de la place
C’est la méthode la plus simple et la plus citée. Le mémento polynésien conseille d’agrandir le nid à couvain en apportant un ou deux cadres de cire gaufrée, des cadres équipés d’une feuille de cire que les abeilles vont bâtir, et de poser une hausse. Le National Bee Unit donne un repère pour la hausse : l’ajouter quand les abeilles occupent les deux tiers de la caisse précédente.
Deux nuances viennent du même service britannique. Empiler trop de hausses d’un coup pousse les abeilles à stocker le nectar au centre et laisse plus de miel non operculé. Et sans miellée, les abeilles bâtissent mal les feuilles de cire, qu’elles rongent ; il faut alors nourrir. Dans une Dadant, la hausse se pose au-dessus du corps, souvent avec une grille à reine : le guide sur la ruche Dadant présente ces éléments.
Diviser une colonie forte
Diviser, c’est faire soi-même ce que ferait l’essaim : séparer la colonie en deux. L’ITSAP décrit la division des colonies les plus fortes, la partie restée sans reine élevant une nouvelle reine si elle dispose d’œufs. Il recommande d’éloigner l’une des deux colonies à plus de 5 km, faute de quoi les butineuses rentrent à leur ancien emplacement. Une autre méthode citée par l’institut consiste à composer un nouvel essaim avec deux cadres de couvain de tous âges, deux cadres de réserves et les abeilles secouées de deux cadres.
Le mémento polynésien pose une condition : ne diviser qu’une colonie forte, bien peuplée sur dix cadres, avec des réserves de pollen et de nectar, en début de miellée. Sinon, la division affaiblit les deux parties, qui deviennent sensibles au pillage et aux maladies. L’ITSAP situe la meilleure période entre le milieu du printemps et le début juillet.
Garder des reines jeunes
L’université de Floride l’explique par la chimie : une jeune reine produit plus de phéromones, ce qui freine les préparatifs d’essaimage. Elle conseille de changer de reine quatre à six semaines avant la grande miellée, ou à la fin de l’été. Le National Bee Unit recommande de prévoir le remplacement d’une reine de plus de deux ans.
Les sources ne s’accordent pas sur l’âge où une reine décline. L’ITSAP indique une longévité de principe de cinq ans, tombée à deux ou trois ans en France ces dernières années ; le mémento polynésien écrit qu’à partir de la troisième année, la ponte diminue de moitié. Connaître l’âge de chaque reine, par le marquage ou par vos notes, est dans tous les cas le préalable.
Détruire les cellules royales : une méthode fragile
Le mémento polynésien conseille de détruire les ébauches de cellules royales. L’université de Floride décrit le même geste, mais en souligne les limites : il prend du temps, ne fonctionne qu’avec une visite tous les sept à neuf jours, et une seule cellule oubliée qui s’opercule suffit à déclencher le départ.
Elle cite aussi la coupe d’une aile de la reine, qui l’empêche de suivre l’essaim. Les auteurs y voient un filet de sécurité plutôt qu’un moyen de réduire l’envie d’essaimer : un essaim qui ne peut pas partir avec sa reine finit souvent par la tuer pour en élever une qui vole.
Si l’essaim est parti malgré tout
L’article L211-9 du code rural, cité par le livret de la DRAAF Bretagne, dispose : « Le propriétaire d’un essaim a le droit de le réclamer et de s’en ressaisir, tant qu’il n’a pas cessé de le suivre ; autrement l’essaim appartient au propriétaire du terrain sur lequel il s’est fixé. » Dans la ruche d’origine, une jeune reine va naître : évitez de la déranger pendant ses vols de fécondation, et vérifiez la ponte quelques semaines plus tard. Le livret recommande aussi une visite sanitaire après un essaimage massif.
Sources
Consultées le 1er octobre 2026.
- ITSAP-Institut de l’abeille, Mallette pédagogique à destination des ruchers-école, module 7 théorique « Conduite du rucher et travaux de fin de saison », octobre 2017.
- J. D. Ellis, S. DeBerry, J. Crowley, Swarm Control for Managed Beehives (ENY-160/IN970), University of Florida IFAS Extension.
- National Bee Unit (APHA, Royaume-Uni), Best Practice Guideline No. 6 : Spring checks, novembre 2025.
- Direction de l’agriculture de la Polynésie française et CFPPA, Mémento de l’apiculteur polynésien, édition 2020, chapitres « Essaimage » et « Division d’une ruche ».
- DRAAF Bretagne, Mieux savoir. Livret destiné à ceux qui acquièrent leur première colonie, version 2024 (fréquence des visites, article L211-9 du code rural).
Vos questions
Comment savoir si une ruche va essaimer ?
L'ITSAP cite d'abord les ébauches de cellules royales et le manque de place. Des cellules occupées par une larve sur le bord ou le bas des cadres indiquent que les préparatifs ont commencé.
Faut-il détruire les cellules royales pour empêcher l'essaimage ?
C'est une méthode citée, mais fragile : l'université de Floride rappelle qu'elle demande une visite tous les sept à neuf jours et qu'une seule cellule oubliée suffit. Les cellules au milieu des cadres sont souvent des cellules de remplacement, à ne pas détruire.
Quand poser une hausse pour éviter l'essaimage ?
Le service apicole britannique conseille d'ajouter une hausse quand les deux tiers de la caisse précédente sont occupés par les abeilles, à condition qu'il y ait une miellée, sans en empiler trop d'un coup.
Une jeune reine essaime-t-elle moins ?
Les sources consultées l'affirment : une jeune reine produit plus de phéromones, ce qui freine les préparatifs d'essaimage. Le service britannique conseille de prévoir le remplacement d'une reine de plus de deux ans.


