Choisir · Santé des abeilles
Piège à frelon asiatique : choisir le modèle et le bon moment
Pièges à bouteille ou à nasse, appâts sucrés ou à la cire : ce que mesurent l'ITSAP et le Muséum sur les insectes pris par erreur, et quand piéger.
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Un piège à frelon tue des frelons, mais aussi des mouches, des papillons, des abeilles et des frelons européens. Toute la question est de savoir dans quelle proportion, et les chiffres publiés vont de moins de 2 % à près de 70 % de frelons asiatiques selon qui compte et comment. Ce guide prolonge celui sur le frelon asiatique, qui présente la loi et les protections du rucher, et s’en tient ici au choix du piège, de l’appât et du moment.
Quels types de pièges existent ?
Le rapport de l’ITSAP de mars 2023, financé par l’interprofession InterApi, décrit les pièges comme des récipients en forme de bouteille, de cloche ou de nasse, dont les entrées laissent passer l’insecte mais gênent sa sortie. Les insectes y meurent d’épuisement ou noyés dans l’appât. Certains modèles ajoutent des aménagements qui laissent ressortir les petits insectes.
| Type de piège | Principe | Ce qu’en disent les sources |
|---|---|---|
| Bouteille coupée ou cloche, fait maison | Une entrée large au-dessus d’un liquide sucré | À proscrire pour le MNHN, qui illustre sa page par le contenu d’un piège à bière sans sélection, rempli d’autres insectes |
| Nasse à entrée calibrée (Jabeprode par exemple) | L’appât est isolé dans un compartiment ; les gros insectes n’entrent pas | Plus sélective vis-à-vis des gros insectes selon l’ITSAP, mais de très petits insectes atteignent l’appât et s’y noient |
| Piège dit « coréen à ailes » (Beevital par exemple) | Entrées en entonnoir sur les côtés, trous de sortie pour les petits insectes | La sélectivité la plus satisfaisante dans la fiche ITSAP de 2024, avec encore beaucoup de reines de frelon européen |
| Bouteille avec bouchon à entonnoir du commerce | Entrée large vissée sur une bouteille | Capture beaucoup de frelons européens et de papillons, selon le rapport de 2023 |
L’Anses, dans son bulletin VigilAnses de juillet 2025, demande elle aussi de ne pas installer de bouteilles au sirop, qui tuent d’autres insectes et n’ont quasiment aucun effet sur le nid visé. Le MNHN précise pourquoi même un piège à trous de sortie fait des victimes : un séjour court dans un piège, avec la chaleur et l’humidité, peut déjà nuire à la survie ou à la fécondité des insectes qui en ressortent.
Ce que l’appât change, et ce qu’il ne change pas
La synthèse de l’ITSAP tient en une phrase : « L’appât conditionne l’attractivité du dispositif de piégeage tandis que le piège va déterminer sa sélectivité. »
La bière sucrée attire le plus. Le mélange artisanal d’un tiers de bière, d’un tiers de sirop et d’un tiers de vin blanc place des fondatrices dans plus de pièges que l’appât commercial Vespacatch dans les essais de 2022 à 2024 ; celui vendu avec le piège Beevital fait jeu égal. La fiche de synthèse de 2024 ajoute aussitôt qu’il n’est pas sélectif et que son taux de capture de fondatrices reste faible. Elle indique aussi, sur ses données, que l’appât n’a pas d’effet sur la sélectivité. Le jus de cirier, autre appât artisanal, se range dans la même catégorie : attractif, pas sélectif.
Au rucher, en fin d’été, le MNHN recommande le jus de vieille cire fermenté, un appât qui a donné de bons résultats dans ces conditions selon ses travaux de 2011.
Les appâts protéinés, poisson ou viande, que l’on voit conseillés pour l’été quand les ouvrières chassent des proies pour leurs larves, n’apparaissent dans aucune évaluation de sélectivité parmi les sources consultées. Rien ne permet de dire s’ils épargnent mieux les autres insectes.
L’appât se renouvelle tous les 8 jours selon la fiche du plan national diffusée en Normandie, tous les 8 à 10 jours selon le bilan 2026 d’Auvergne-Rhône-Alpes, plus souvent par forte chaleur.
Au printemps : piéger les fondatrices ou non ?
C’est ici que les sources sérieuses s’opposent. L’ITSAP et le plan national porté par GDS France et FREDON France retiennent un piégeage de printemps raisonné, dans les zones de densité moyenne à forte, sur une période courte autour du pic d’émergence et sans dépasser 8 semaines. Le MNHN demande d’éviter ce piégeage en dehors des ruchers ou d’un cadre expérimental : chaque nid produit plus de 500 futures fondatrices, et le printemps est la période où elles meurent le plus, par compétition entre elles, si bien qu’en détruire une partie laisserait la place aux autres. Il ne l’admet qu’à proximité des ruchers qui ont déjà subi des pertes, là où la prédation est moyenne à forte.
Si votre plan départemental le prévoit, le calendrier est connu. D’après les essais de l’ITSAP menés dans le sud de la France, les premières fondatrices arrivent dans les pièges quand la moyenne des températures sur sept jours atteint environ 10 °C, et le pic se situe vers 15 °C, entre début avril et début mai. Les reines de frelon européen sortent deux à trois semaines plus tard : arrêter début mai limite leur capture. En Bretagne, la campagne 2026 s’est close le 17 mai, et le bulletin régional rappelle qu’au-delà ce sont les ouvrières, et davantage d’insectes non ciblés, qui sont prises.
Les rendements restent modestes : 1 à 6 fondatrices par piège et par semaine en moyenne selon l’ITSAP, davantage au rucher ou à moins de 50 mètres, jusqu’à 10 à 14 dans les zones très colonisées.
En fin d’été : seulement au rucher attaqué
Le piégeage d’été fait davantage consensus, à une condition : qu’il se fasse au rucher et seulement en cas d’attaque. Le MNHN conseille alors des pièges à sélection physique, posés à partir de juin et jusqu’à la fin de la saison de prédation, en octobre ou à la mi-novembre. Il cite une étude de l’ITSAP de 2015 selon laquelle un piégeage commencé en septembre n’a pas protégé les colonies.
Le piège n’est qu’un outil parmi d’autres à cette saison. Le MNHN classe muselières et harpes électriques parmi les méthodes à favoriser dans tous les cas, et le bulletin de la DRAAF Bretagne de juin 2026 juge que déplacer les ruches après la miellée reste « le levier le plus efficace » quand la prédation devient trop forte. La préparation de l’hiver se joue aussi à ce moment-là : le guide sur l’hivernage des ruches détaille ce qu’une colonie stressée par le frelon risque de ne pas faire.
Les prises accessoires : pourquoi les chiffres divergent
| Source | Ce qui a été compté | Part de frelons asiatiques |
|---|---|---|
| ITSAP, synthèse de 10 études (2023) | Tout le contenu des pièges, tous modèles, au printemps | 0,7 à 1,9 %, et plus de 95 % d’insectes non ciblés même avec les meilleurs dispositifs |
| ITSAP, fiche de synthèse (2024) | 6 022 insectes dans le piège Beevital, printemps 2023 et 2024 | Un tiers des hyménoptères capturés, soit environ un cinquième du total ; mouches et coléoptères font près de 40 % des captures |
| Wallonie, résultats préliminaires (juin 2026) | Captures déclarées par les piégeurs | 69 %, et 78 % en écartant les insectes relâchés vivants |
| Auvergne-Rhône-Alpes, bilan 2026 | Déclarations sur la plateforme régionale | 66 % en moyenne, 55 à 83 % selon le modèle |
| DRAAF Bretagne (2025) | 35 897 frelons dans 774 relevés | Part d’espèces non ciblées encore à quantifier selon le bulletin ; une analyse en laboratoire de six modèles est en cours en 2026 |
Le bilan d’Auvergne-Rhône-Alpes prévient lui-même que ses résultats de sélectivité contredisent la littérature scientifique et ne permettent pas d’interprétation, et juge ses « comptages d’insectes non cibles perfectibles ». Un piégeur bénévole qui compte à l’œil les frelons d’un piège voit moins les petites mouches noyées dans l’appât qu’un laboratoire qui trie tout le contenu. Le rapport de l’ITSAP relève le même biais dans une évaluation de 2021 qui annonçait 72 % de fondatrices : seul le compartiment de capture avait été examiné, pas celui de l’appât. Les deux familles de chiffres ne se comparent donc pas.
Relever et entretenir ses pièges
Si vous piégez, le MNHN insiste sur un geste : vérifier régulièrement le contenu du piège pour libérer au plus vite les insectes non ciblés, voire retirer le piège. La fiche du plan national conseille de suspendre les pièges entre 70 cm et 2 mètres du sol, à des endroits de passage comme un rucher fleuri. Plusieurs plateformes régionales collectent les relevés, en Bretagne ou en Auvergne-Rhône-Alpes par exemple : vos comptages y servent à évaluer les campagnes.
Les autres menaces de fin d’été, varroa en tête, sont rassemblées dans le thème Santé des abeilles.
Sources
Consultées le 1er octobre 2026.
- MNHN, PatriNat (OFB, MNHN), site frelonasiatique.mnhn.fr, page « Lutte », recommandations sur le piégeage et références citées (Rome et al. 2011, 2013, 2015, 2021 ; ITSAP 2015, 2023, 2024).
- S. Pointeau, ITSAP-Institut de l’abeille, « Synthèse bibliographique et résultats d’expérimentations des réseaux sanitaires et de développement apicole sur l’attractivité et la sélectivité des pièges et des appâts utilisés pour le piégeage des fondatrices du frelon à pattes jaunes », compte rendu InterApi, mars 2023.
- ITSAP-Institut de l’abeille et InterApi, fiche de synthèse « Piégeage des fondatrices au printemps : attractivité et sélectivité de dispositifs de piégeage, dynamique de capture », mise à jour de septembre 2024.
- FREDON Normandie, GDS Normandie et GDS 61, fiche technique « Stratégie et plan national de lutte contre le frelon asiatique à pattes jaunes », février 2025.
- Anses, VigilAnses n° 26, juillet 2025, conseils sur les pièges.
- DRAAF Bretagne, Bulletin régional de la santé de l’abeille n° 7, octobre 2025 (bilan de la campagne de piégeage FREDON-GDS) et n° 10, juin 2026.
- Plateforme régionale frelonsasiatiques.fr (Auvergne-Rhône-Alpes), « Piégeage de printemps 2026 : bilan de la lutte contre le frelon à pattes jaunes ».
- Service public de Wallonie, « Résultats préliminaires du piégeage de printemps 2026 des futures reines de frelon asiatique à pattes jaunes en Wallonie », 1er et 9 juin 2026.
Vos questions
Quel est le meilleur appât pour piéger le frelon asiatique ?
Au printemps, le mélange de bière, de sirop et de vin blanc est le plus attractif dans les essais de l'ITSAP, mais il n'est pas sélectif. Au rucher attaqué, le Muséum conseille le jus de vieille cire fermenté. C'est le modèle de piège, plus que l'appât, qui limite les captures d'autres insectes.
Existe-t-il un piège vraiment sélectif ?
Non, selon le Muséum national d'histoire naturelle : même les modèles dits sélectifs capturent d'autres insectes. Les pièges à entrée calibrée ou munis de trous de sortie en tuent moins qu'une bouteille, sans les épargner tous.
Quand poser les pièges à frelon au printemps ?
Les essais de l'ITSAP situent les captures de fondatrices de début avril à mi-mai, quand la moyenne des températures sur une semaine atteint 10 à 15 °C. Arrêter début mai limite la capture des reines de frelon européen, plus tardives.
Faut-il piéger dans son jardin sans ruches ?
Le Muséum le déconseille : en dehors des ruchers, l'efficacité du piégeage des fondatrices n'est pas démontrée. Votre plan départemental de lutte peut prévoir un dispositif collectif encadré ; renseignez-vous en mairie.


