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Pas à pas · Santé des abeilles

Frelon asiatique : protéger ses ruches et piéger sans nuire

Reconnaître le frelon à pattes jaunes, ce que dit la loi depuis 2025, protéger le rucher et piéger sans décimer les autres insectes.

· 9 min de lecture

Des abeilles sur la planche d'envol d'une ruche, devant une entrée équipée d'une grille métallique
NaturePas à pas
Saisonmars, avril, mai, août, septembre, octobre
RubriqueSanté des abeilles
Sources relues le

Le frelon asiatique à pattes jaunes, Vespa velutina nigrithorax, est arrivé dans le Lot-et-Garonne en 2004 avec des poteries importées de Chine, rappelle l’Anses. Il est aujourd’hui présent dans tous les départements de l’Hexagone et chasse les abeilles en vol stationnaire devant les ruches. Ce guide fait le point sur le droit en vigueur depuis 2025, puis sur les moyens de protéger le rucher sans vider le jardin de ses autres insectes.

Comment le distinguer du frelon européen ?

Le frelon européen, Vespa crabro, est une espèce indigène : le confondre avec son cousin asiatique conduit à détruire des nids pour rien. Les critères ci-dessous viennent de la page d’identification du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et du bulletin VigilAnses de l’Anses.

Critère Frelon asiatique à pattes jaunes Frelon européen
Allure générale Livrée très foncée : thorax entièrement brun noir velouté, tête noire à face jaune orangé Corps taché de roux, de noir et de jaune
Abdomen Segments bruns bordés d’une fine bande jaune, seul le 4e presque entièrement jaune orangé Jaune rayé de noir
Nid d’été Souvent à plus de dix mètres dans les arbres, ouverture sur le côté (Anses) Large ouverture vers le bas, souvent dans un tronc creux ou sous abri (MNHN)

Le critère le plus simple reste celui qui lui donne son nom : chez le frelon asiatique, les pattes sont jaunes à l’extrémité, ce que relèvent à la fois le MNHN et l’Anses.

Le MNHN signale d’autres confusions fréquentes, avec certaines guêpes et même des mouches. En cas de doute, vous pouvez transmettre une photo par la quête dédiée de l’application INPN Espèces.

Ce que dit la loi depuis 2025

Avant 2021, un arrêté du 26 décembre 2012 avait classé le frelon asiatique parmi les dangers sanitaires de deuxième catégorie pour l’abeille domestique. Depuis le 21 avril 2021, date d’application du règlement européen sur la santé animale (règlement (UE) 2016/429), il ne relève plus de la réglementation sanitaire du ministère de l’Agriculture, mais uniquement de celle des espèces exotiques envahissantes, suivie par le ministère chargé de l’écologie. Le ministère de l’Agriculture l’a confirmé dans une réponse à une question écrite publiée le 11 novembre 2025. Au niveau européen, l’espèce figure depuis 2016 sur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union (règlement d’exécution (UE) 2016/1141).

La loi n° 2025-237 du 14 mars 2025 visant à endiguer la prolifération du frelon asiatique et à préserver la filière apicole a créé deux articles du code de l’environnement :

  • l’article L411-9-1 prévoit un plan national de lutte, décliné en plans départementaux arrêtés par les préfets, qui organisent notamment le signalement et la destruction des nids. Il demande aussi au plan d’examiner l’opportunité de classer le frelon parmi les dangers sanitaires de deuxième catégorie : ce classement n’est donc pas acquis ;
  • l’article L411-9-2 renvoie l’indemnisation des pertes économiques des apiculteurs aux mécanismes du code rural, par un fonds de mutualisation.

Le décret n° 2025-1377 du 29 décembre 2025 a fixé la façon d’adopter ces plans. Le plan national a été adopté par un arrêté publié au Journal officiel le 16 septembre 2026. Selon le communiqué des ministères, il classe les départements en quatre niveaux de pression, prévoit selon les cas la destruction des nids, le piégeage des fondatrices au printemps ou des dispositifs de réduction du stress des colonies, et insiste sur la nécessité de privilégier des méthodes sélectives. Chaque département doit élaborer son plan dans les six mois. D’ici là, renseignez-vous en mairie ou auprès de la section apicole de votre groupement de défense sanitaire (GDS).

Protéger le rucher

Le frelon tue des abeilles, mais l’Anses souligne surtout le stress qu’il provoque en patrouillant devant les ruches : les butineuses sortent moins, et la colonie prépare moins bien son hiver. L’ITSAP-Institut de l’abeille insiste sur la combinaison de plusieurs méthodes plutôt que sur une seule.

Méthode Ce qu’on en sait
Muselière (grillage posé devant l’entrée, qui tient le frelon à distance du trou de vol) Réduit de 41 % la paralysie des colonies selon l’étude de Requier et ses collègues (2020) citée par le MNHN. L’ITSAP souligne son intérêt démontré pour aider les colonies à préparer l’hivernage.
Harpe électrique (fils électrifiés tendus devant les ruches) Réduit la pression de prédation dans les zones de pression moyenne à forte, selon l’étude de Rojas-Nossa et ses collègues (2022) citée par le MNHN.
Filet ou abri grillagé autour des ruches Le MNHN cite une maille de 5,5 mm pour réduire le stress des abeilles.
Réduction de l’entrée Pratique répandue, qui facilite la défense par les gardiennes. Les sources consultées ne donnent pas de mesure d’efficacité propre contre le frelon.

Le thème Santé des abeilles rappelle aussi que le varroa est présent dans presque tous les ruchers : le frelon n’est jamais le seul facteur à surveiller en fin d’été.

Piéger : quand, où, avec quoi

C’est le point où les sources sérieuses divergent le plus.

Le piégeage de printemps des fondatrices, les reines qui ont passé l’hiver et fondent seules leur nid, est soutenu par l’ITSAP : d’après ses travaux, il réduit l’implantation des nids, au prix d’un effort important, et seulement s’il est mené avec beaucoup de pièges entretenus à l’échelle d’un territoire. Le plan national de 2026 le retient parmi les mesures possibles. Le MNHN, lui, recommande d’éviter ce piégeage en dehors des ruchers, estimant que son efficacité n’est toujours pas démontrée. Votre plan départemental tranchera localement. En Bretagne, la campagne coordonnée par les GDS et FREDON au printemps 2025 a déployé 849 pièges sélectifs dans 42 communes pilotes et capturé près de 36 000 frelons, mais le bulletin régional de la DRAAF précise que la part d’espèces non ciblées reste à quantifier.

Le piégeage d’été et d’automne au rucher fait davantage consensus. Le MNHN le réserve au rucher effectivement attaqué, à partir de juin et jusqu’à fin octobre ou mi-novembre, avec des pièges à sélection physique et un appât de jus de vieille cire fermenté. Il cite une étude de l’ITSAP de 2015 selon laquelle un piégeage commencé seulement en septembre ne protège pas efficacement les colonies. L’ITSAP note de son côté que le piégeage d’automne est généralement peu efficace s’il est utilisé seul.

Les dégâts du piégeage non sélectif

Le MNHN est clair : il n’existe à ce jour aucun piège réellement sélectif pour cette espèce, même les modèles dits sélectifs ont un impact sur les insectes non ciblés, et les pièges de type bouteille coupée ou cloche sont à proscrire. Il ajoute que des campagnes massives de piégeage pourraient avoir un effet négatif sur les insectes. L’Anses va dans le même sens : ces pièges tuent d’autres insectes indispensables à la biodiversité et n’ont quasiment aucun impact sur le nid visé. Sa fiche de synthèse de 2024 ne trouve d’ailleurs aucun effet de l’appât sur la sélectivité : l’appât attire le frelon, c’est le piège qui trie.

En pratique : sans ruche attaquée, ne piégez pas. Sinon, piégez au rucher avec un modèle à sélection physique, et relevez souvent les pièges pour voir ce qu’ils capturent.

Signaler un nid

Les plans départementaux organisent le signalement, et beaucoup de départements ont déjà une plateforme ou un numéro dédié. Le premier réflexe est la mairie : la loi de 2025 prévoit que le signalement puisse passer par le maire ou un conseiller municipal désigné, et le MNHN conseille de s’adresser d’abord à elle. Elle vous orientera vers l’organisme local de lutte, qui est selon les régions la section apicole du GDS, une FREDON ou une FDGDON ; le MNHN donne leurs liens sur sa page de signalement. En Corse, le signalement passe par la plateforme ALIEM.

Pour une simple observation, sans nid à faire détruire, le MNHN renvoie à la quête dédiée de l’application INPN Espèces, avec une photo obligatoire.

La destruction relève de professionnels, qui interviennent à la tombée de la nuit ou au lever du jour pour que la quasi-totalité de la colonie soit dans le nid, selon le MNHN. Qui paie la destruction dépend des choix de chaque commune et de chaque département : posez la question en mairie. Pour l’organisation générale du rucher au fil de l’année, voyez le thème Au fil des saisons.

Sources

  • Loi n° 2025-237 du 14 mars 2025 visant à endiguer la prolifération du frelon asiatique et à préserver la filière apicole, JO du 15 mars 2025, articles L411-9-1 et L411-9-2 du code de l’environnement, texte reproduit par le cabinet Landot et résumé par la Banque des territoires (consultés le 1er octobre 2026).
  • Décret n° 2025-1377 du 29 décembre 2025 précisant les modalités d’adoption du plan national et des plans départementaux de lutte contre le frelon asiatique à pattes jaunes, fiche AIDA de l’Ineris (consultée le 1er octobre 2026).
  • Ministère de l’Agriculture et ministère chargé de la Transition écologique, communiqué de presse du 16 septembre 2026 sur l’adoption du plan national de lutte (consulté le 1er octobre 2026).
  • Assemblée nationale, question écrite n° 10027 (17e législature), réponse du ministère de l’Agriculture publiée le 11 novembre 2025, sur le statut réglementaire du frelon (consultée le 1er octobre 2026).
  • Règlement d’exécution (UE) 2016/1141 du 13 juillet 2016 adoptant la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union, d’après les réponses ministérielles publiées par l’Assemblée nationale (consultées le 1er octobre 2026).
  • Anses, VigilAnses n° 26, juillet 2025, « Frelon à pattes jaunes et autres hyménoptères : des envenimations à surveiller » (consulté le 1er octobre 2026).
  • MNHN, site frelonasiatique.mnhn.fr, pages « Identification », « Lutte » et « Signaler » (consultées le 1er octobre 2026).
  • ITSAP-Institut de l’abeille, « Comment mettre en place une stratégie de lutte contre le frelon à pattes jaunes ? » (consulté le 1er octobre 2026).
  • DRAAF Bretagne, Bulletin régional de la santé de l’abeille n° 7, octobre 2025, bilan de la campagne de piégeage FREDON-GDS (consulté le 1er octobre 2026).

Vos questions

Le frelon asiatique est-il toujours un danger sanitaire de deuxième catégorie ?

Non. Il l'a été de 2012 à 2021. Depuis le 21 avril 2021, il relève de la réglementation des espèces exotiques envahissantes, et la loi du 14 mars 2025 prévoit seulement d'étudier l'opportunité de le reclasser.

Faut-il poser des pièges bouteilles dans son jardin ?

Non. L'Anses et le Muséum national d'histoire naturelle déconseillent ces pièges, qui tuent surtout d'autres insectes et n'ont quasiment pas d'effet sur le nid visé.

Que faire si je trouve un nid de frelon asiatique ?

Restez à au moins 5 mètres, ne tentez pas de le détruire vous-même et signalez-le à votre mairie ou à l'organisme qui anime la lutte dans votre département.

Quelle protection pour les ruches ?

Les muselières et les harpes électriques ont des effets mesurés dans des études citées par le Muséum, et le piégeage au rucher attaqué peut compléter, à partir de juin et avec des pièges sélectifs.